"Lisez cette œuvre et faites-la lire"
Jésus (Chapitre 38, Volume 10 ) à propos de
l’Évangile tel qu’il m’a été révélé.

L'Évangile de la Messe St Pie V
et l’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta.
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Dimanche 25 mars 2018, Dimanche des Rameaux (Second Dimanche de la Passion)

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 26,36-75.27,1-60.
En ce temps-là, Jésus vint avec ses disciples dans un lieu appelé Gethsémani, et il dit à ses disciples : "Asseyez-vous ici, pendant que j'irai là pour prier."
Ayant pris avec lui Pierre et les deux fils de Zébédée, il commença à éprouver de la tristesse et de l'angoisse.
Alors il leur dit : " Mon âme est triste jusqu'à la mort ; restez ici et veillez avec moi. "
Et s'étant un peu avancé, il tomba sur sa face, priant et disant : " Mon Père, s'il est possible, que ce calice s'éloigne de moi ! Cependant non pas comme je veux, mais comme vous voulez ! "
Et il vient vers les disciples et il les trouve endormis ; et il dit à Pierre : " Ainsi, vous n'avez pas eu la force de veiller une heure avec moi !
Veillez et priez, afin que vous n'entriez point en tentation. L'esprit est ardent, mais la chair est faible. "
Il s'en alla une seconde fois et pria ainsi : " Mon Père, si ce calice ne peut passer sans que je le boive, que votre volonté soit faite ! "
Etant revenu, il les trouva endormis, car leurs yeux étaient appesantis.
Il les laissa et, s'en allant de nouveau, il pria pour la troisième fois, redisant la même parole.
Alors il vient vers les disciples et leur dit : " Désormais dormez et reposez-vous ; voici que l'heure est proche où le Fils de l'homme va être livré aux mains des pécheurs.
Levez-vous, allons ! Voici que celui qui me trahit est proche."
Comme il parlait encore, voilà que Judas, l'un des Douze, arriva, et avec lui une foule nombreuse armée de glaives et de bâtons, envoyée par les grands prêtres et les anciens du peuple.
Celui qui le trahissait leur avait donné un signe : " Celui à qui je donnerai un baiser, c'est lui : arrêtez-le. "
Et aussitôt, s'avançant vers Jésus, il dit : " Salut, Rabbi ! ", et il lui donna un baiser.
Jésus lui dit : " Ami, tu es là pour cela ! " Alors ils s'avancèrent, mirent la main sur Jésus et le saisirent.
Et voilà qu'un de ceux qui étaient avec Jésus, mettant la main à son glaive, le tira et, frappant le serviteur du grand prêtre, lui emporta l'oreille.
Alors Jésus lui dit : " Remets ton glaive à sa place ; car toux ceux qui prennent le glaive périront par le glaive.
Ou penses-tu que je ne puisse pas recourir à mon Père, qui me fournirait sur l'heure plus de douze légions d'anges ?
Comment donc s'accompliraient les Ecritures, d'après lesquelles il doit en être ainsi ? "
En ce même moment Jésus dit aux foules : " Comme contre un brigand, vous êtes sortis avec des glaives et des bâtons pour me prendre ! Chaque jour j'étais assis dans le temple, où j'enseignais, et vous ne m'avez pas arrêté.
Mais tout cela est arrivé afin que fussent accomplies les Ecritures prophétiques. " Alors tous les disciples l'abandonnèrent et prirent la fuite.
Ceux qui avaient arrêté Jésus l'emmenèrent chez Caïphe, le grand prêtre, où se réunirent les scribes et les anciens.
Or Pierre le suivait de loin jusqu'au palais du grand prêtre ; y étant entré, il était assis avec les satellites pour voir la fin.
Les grands prêtres et tout le Sanhédrin cherchaient un faux témoignage contre Jésus afin de le faire mourir ;
et ils n'en trouvèrent point, quoique beaucoup de faux témoins se fussent présentés. Finalement il s'en présenta deux qui dirent : " Cet homme a dit : Je puis détruire le sanctuaire de Dieu et le rebâtir en trois jours. "
Le grand prêtre se leva et dit à Jésus : " Tu ne réponds rien ! Qu'est-ce que ces hommes déposent contre toi ? "
Mais Jésus gardait le silence. Et le grand prêtre lui dit : " Je t'adjure par le Dieu vivant de nous dire, si tu es le Christ, le Fils de Dieu ? "
Jésus lui dit : " Tu l'as dit. Du reste, je vous le dis, à partir de maintenant vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la Puissance et venant sur les nuées du ciel. "
Alors le grand prêtre déchira ses vêtements, en disant : " Il a blasphémé ! Qu'avons-nous encore besoin de témoins ? Voici que vous venez d'entendre son blasphème :
que vous en semble ? " Ils répondirent : " Il mérite la mort. "
Alors ils lui crachèrent au visage et le frappèrent avec le poing ; d'autres le souffletèrent, en disant :
" Prophétise-nous, Christ ! Quel est celui qui t'a frappé ? "
Or Pierre était assis, dehors, dans la cour. Une servante s'approcha de lui et dit : " Toi aussi, tu étais avec Jésus le Galiléen ! "
Mais il nia devant tous en disant : " Je ne sais ce que tu veux dire. "
Comme il se dirigeait vers la porte, une autre le vit et dit à ceux qui se trouvaient là : " Celui-là était avec Jésus de Nazareth ! "
Et de nouveau il nia avec serment : " Je ne connais pas cet homme. "
Un peu après, ceux qui étaient présents s'approchèrent et dirent à Pierre : " Pour sûr, toi aussi tu en es ; aussi bien, ton langage te fait reconnaître. "
Alors il se mit à faire des imprécations et à jurer : " Je ne connais pas cet homme ! " Et aussitôt un coq chanta.
Et Pierre se souvint de la parole de Jésus, qui lui avait dit : " Avant que le coq ait chanté, tu me renieras trois fois. " Et étant sorti, il pleura amèrement.
Le matin venu, tous les grands prêtres et les anciens du peuple prirent une délibération contre Jésus pour le faire mourir.
Et, après l'avoir lié, ils l'emmenèrent et le remirent à Ponce Pilate, le gouverneur.
Alors Judas, qui l'avait trahi, voyant qu'il était condamné, fut pris de remords et rapporta les trente pièces d'argent aux grands prêtres et aux anciens,
disant : " J'ai péché en livrant un sang innocent. " Ils dirent : " Qu'est-ce que cela nous fait ? A toi de voir ! "
Alors, ayant jeté les pièces d'argent dans le sanctuaire, il se retira et alla se pendre.
Mais les grands prêtres prirent les pièces d'argent et dirent : " Il n'est pas permis de les mettre dans le trésor, puisque c'est le prix du sang. "
Et, après avoir pris une délibération, ils achetèrent avec cet argent le champ du potier pour la sépulture des étrangers.
C'est pourquoi ce champ fut appelé Champ du sang, et l'est encore aujourd'hui.
Alors fut accomplie la parole du prophète Jérémie : Ils ont pris les trente pièces d'argent, prix de celui qui a été mis à prix, qu'ont mis à prix des enfants d'Israël,
et ils les ont données pour le champ du potier, comme le Seigneur me l'a ordonné.
Jésus comparut devant le gouverneur, et le gouverneur l'interrogea, en disant : " Es-tu le roi des Juifs ? " Jésus dit : " Tu le dis. "
Mais il ne répondait rien aux accusations des grands prêtres et des anciens.
Alors Pilate lui dit : " N'entends-tu pas combien de témoignages ils portent contre toi ? "
Mais il ne lui répondit sur aucun point, de sorte que le gouverneur était dans un grand étonnement.
Or, à chaque fête, le gouverneur avait coutume de relâcher à la foule un prisonnier, celui qu'ils voulaient.
Ils avaient alors un prisonnier fameux, nommé Barabbas.
Donc, quand ils furent rassemblés, Pilate leur dit : " Lequel voulez-vous que je vous relâche, Barabbas ou Jésus dit Christ ?
Il savait, en effet, que c'était par jalousie qu'ils l'avaient livré.
Pendant qu'il siégeait au tribunal, sa femme lui envoya dire: " N'aie point affaire avec ce juste ; car j'ai été aujourd'hui fort tourmentée en songe à cause de lui."
Mais les grands prêtres et les anciens persuadèrent aux foules de demander Barabbas, et de réclamer la mort de Jésus.
Le gouverneur, prenant la parole, leur dit : " Lequel des deux voulez-vous que je vous relâche ? " Ils dirent : " Barabbas. "
Pilate leur dit : " Que ferai-je donc de Jésus dit Christ ? " Tous dirent : " Qu'il soit crucifié ! "
Il dit " Qu'a-t-il donc fait de mal ? " Et ils crièrent encore plus fort : " Qu'il soit crucifié ! "
Pilate, voyant qu'il ne gagnait rien, mais que le tumulte allait croissant, prit de l'eau et se lava les mains devant la foule, en disant : " Je suis innocent du sang de ce juste ; à vous de voir ! "
Et tout le peuple répondit : " Que son sang soit sur nous et sur nos enfants ! "
Alors il leur relâcha Barabbas ; et, après avoir fait flageller Jésus, il le remit aux soldats pour être crucifié.
Alors les soldats du gouverneur prirent Jésus avec eux dans le prétoire, et ils assemblèrent autour de lui toute la cohorte.
L'ayant dévêtu, ils jetèrent sur lui un manteau écarlate.
Ils tressèrent une couronne avec des épines, qu'ils posèrent sur sa tête, avec un roseau dans sa main droite ; et, fléchissant le genou devant lui, ils lui disaient par dérision : " Salut, roi des Juifs ! "
Ils lui crachaient aussi dessus et, prenant le roseau, ils en frappaient sa tête.
Après s'être moqués de lui, ils lui retirèrent le manteau, lui remirent ses vêtements et l'emmenèrent pour le crucifier.
En sortant, ils rencontrèrent un homme de Cyrène, nommé Simon, qu'ils réquisitionnèrent pour porter sa croix.
Puis, étant arrivés à un lieu dit Golgotha, c'est-à-dire lieu du Crâne,
ils lui donnèrent à boire du vin mêlé de fiel ; mais, l'ayant goûté, il ne voulut pas boire.
Quand ils l'eurent crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en les tirant au sort.
Et, s'étant assis, ils le gardaient.
Au-dessus de sa tête ils mirent un écriteau indiquant la cause de sa condamnation : " Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. "
Alors on crucifia avec lui deux brigands, l'un à droite et l'autre à gauche.
Et les passants l'injuriaient en hochant la tête
et disant : " Toi, qui détruis le sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu et descends de la croix ! "
De même, les grands prêtres aussi se moquaient de lui, avec les scribes et les anciens, disant :
" Il en a sauvé d'autres, il ne peut se sauver lui-même ! Il est roi d'Israël, qu'il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui !
Il a mis sa confiance en Dieu ; s'il l'aime, qu'il le délivre maintenant, car il a dit : Je suis Fils de Dieu ! "
Les brigands aussi, crucifiés avec lui, l'insultaient de la même manière.
Depuis la sixième heure jusqu'à la neuvième, il se fit des ténèbres sur toute la terre.
Vers la neuvième heure, Jésus s'écria d'une voix forte : Eli, Eli, lema sabachtani ? " c'est-à-dire " Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'avez-vous abandonné ? "
Quelques-uns de ceux qui étaient là, l'ayant entendu, disaient : " Il appelle Elie. "
Et aussitôt l'un d'eux courut prendre une éponge qu'il imbiba de vinaigre, et, l'ayant mise au bout d'un roseau, il lui présenta à boire.
Mais les autres disaient : " Laisse ! que nous voyions si Elie va venir le sauver. "
Jésus poussa de nouveau un grand cri et rendit l'esprit.
Et voilà que le voile du sanctuaire se fendit en deux, du haut en bas, la terre trembla, les rochers se fendirent,
les sépulcres s'ouvrirent et les corps de beaucoup de saints défunts ressuscitèrent.
Et, sortis des sépulcres, après sa résurrection, ils entrèrent dans la ville sainte et apparurent à beaucoup.
Le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, voyant le tremblement de terre et ce qui se passait, furent saisis d'une grande frayeur et dirent : " Vraiment, c'était le Fils de Dieu."
Il y avait là plusieurs femmes qui regardaient à distance ; elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée, pour le servir ;
parmi elles étaient Marie la Magdaléenne, Marie mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
Le soir venu, vint un homme riche d'Arimathie, nommé Joseph, qui lui aussi était devenu disciple de Jésus.
Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus ; Pilate alors ordonna qu'on le lui remit.
Joseph prit le corps, l'enveloppa d'un linceul blanc,
et le déposa dans son sépulcre neuf, qu'il avait fait tailler dans le roc ; puis, ayant roulé une grosse pierre à l'entrée du sépulcre, il s'en alla.
Extrait de la Traduction de l'évangile selon le missel catholique Romain Tridentin.
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta
  • Traduction de 2017 : Tome 9, Ch 600
  • Ancienne traduction :  Tome 9, Ch 19, p 175       (CD 9, piste 60)
C'est le commencement de la souffrance du Jeudi Saint. Les apôtres - ils sont dix - s'occupent activement de préparer le Cénacle. Judas, grimpé sur la table, regarde s'il y a de l'huile dans tous les lampions du grand lampadaire qui ressemble à une corolle de fuchsia double, car la tige de suspension est entourée de cinq ampoules qui ressemblent à des pétales, puis un second tour, plus bas, qui est une vraie couronne de petites flammes; puis il y a enfin trois petits lampions suspendus à des chaînettes qui semblent les pistils de la fleur lumineuse. Puis il saute par terre et aide André à disposer avec art la vaisselle sur la table sur laquelle on a étendu une nappe très fine. J'entends André qui dit: “Quel lin splendide!” Et l'Iscariote: “Un des meilleurs de Lazare. Marthe a voulu absolument l'apporter.” “Et ces calices? et ces amphores, alors?” observe Thomas qui a mis le vin dans les amphores précieuses et les regarde avec admiration en se regardant dans leurs fines panses et il en caresse les poignées ciselées d'un œil de connaisseur. “Qui sait quelle valeur, hein?” demande Judas Iscariote. “C'est travaillé au marteau. Mon père en serait fou. L'argent et l'or en feuilles se plient facilement à la chaleur. Mais traité ainsi… Un moment peut tout abîmer. Il suffit d'un coup mal donné. Il faut en même temps de la force et de la légèreté. Tu vois les poignées? Elles sont tirées de la masse et ne sont pas soudées. Choses de riches… Pense que toute la limaille et le dégrossissement se perdent. Je ne sais pas si tu me comprends.” “Hé! si je comprends! C'est comme fait un sculpteur.” “Tout à fait cela.” Tous admirent, puis retournent à leur travail. Tel dispose les sièges et tel autre prépare les crédences. Pierre et Simon entrent ensemble. “Oh! vous êtes venus finalement! Où êtes-vous allés de nouveau? Après être arrivés avec le Maître et nous, vous vous êtes enfuis de nouveau” dit l'Iscariote. “Encore une tâche avant l'heure” répond brièvement Simon. “Tu es mélancolique?” “Je crois qu'avec ce qu'on a entendu en ces jours et de ces lèvres que jamais on ne trouve mensongères, il y en a bien une raison.” “Et avec cette puanteur de… Bon! tais-toi, Pierre” murmure Pierre entre ses dents. “Toi aussi!… Tu me sembles fou depuis quelques jours. Tu as la figure d'un lapin sauvage qui sent derrière lui le chacal” répond Judas l'Iscariote. “Et toi, tu as le museau de la fouine. Toi aussi, tu n'es pas très beau depuis quelques jours. Tu regardes d'une façon… Tu as même l'œil de travers… Qui attends-tu ou qu'espères-tu voir? Tu sembles plein d'assurance, tu veux le faire paraître, mais tu as l'air de quelqu'un qui a peur” réplique Pierre. “Oh! Quant à la peur!… Tu n'es certainement pas un héros, toi non plus!” “Personne de nous ne l'est, Judas. Tu portes le nom du Macchabée, mais tu ne l'es pas. Moi, je dis avec mon nom: "Dieu fait grâce", mais je te jure que j'ai en moi le tremblement de qui sait porter malheur et d'être surtout dans la disgrâce de Dieu. Simon de Jonas, rebaptisé "la pierre", est mou maintenant comme de la cire près du feu. Il ne se cramponne plus par sa volonté. Lui, que je n'ai jamais vu trembler dans les plus violentes tempêtes! Mathieu, Barthélemy et Philippe semblent des somnambules. Mon frère et André ne font que soupirer. Les deux cousins, qui ont la douleur de la parenté avec celle de l'amour pour le Maître, regarde-les. Ils semblent déjà des vieillards. Thomas a perdu son entrain, et Simon semble redevenu le lépreux épuisé d'il y a maintenant trois ans tant il est creusé par la douleur, je dirais corrodé, livide, avili” lui répond Jean. “Oui. Il nous a tous suggestionnés par sa mélancolie” observe l'Iscariote. “Mon cousin Jésus, mon Maître et Seigneur et le vôtre, est et n'est pas mélancolique. Si tu veux dire par ce nom qu'il est triste à cause de la douleur excessive que tout Israël est en train de Lui donner, et que nous voyons, et l'autre douleur cachée que Lui seul voit, je te dis: "Tu as raison". Mais si tu uses de ce terme pour dire qu'il est fou, je te l'interdis” dit Jacques d'Alphée. “Et n'est-ce pas de la folie qu'une idée fixe de mélancolie? J'ai fait aussi des études profanes, et je sais. Il a trop donné de Lui-même. Maintenant il a l'esprit épuisé.” “Ce qui signifie de la démence. N'est-ce pas?” demande l'autre cousin Jude, apparemment calme. “Tout à fait cela! Il avait bien vu ton père, juste de sainte mémoire, à qui tu ressembles pour la justice et la sagesse! Jésus, triste destin d'une illustre maison trop vieille et frappée de sénilité psychique, a toujours eu une tendance à cette maladie, d'abord douce, puis toujours de plus en plus agressive. Tu as vu comme il a attaqué pharisiens et scribes, sadducéens et hérodiens. Il s'est rendu la vie impossible comme un chemin couvert d'éclats de quartz. Et c'est Lui qui les a semés. Nous… nous l'aimions tant que l'amour nous l'a caché. Mais ceux qui l'ont aimé sans l'idolâtrer: ton père, ton frère Joseph, et Simon au début, ont vu juste… nous devions ouvrir les yeux en les écoutant. Au contraire, nous avons été tous séduits par sa douce fascination de malade. Et maintenant… Hélas!” Jude Thaddée qui, aussi grand que l'Iscariote, est justement en face de lui et paraît l'écouter paisiblement, a un déclic violent et d'un puissant revers de main il couche Judas sur un des sièges et avec une colère contenue, sans éclat de voix, se penchant, siffle sur son visage de lâche, et Judas ne réagit pas, craignant peut-être que le Thaddée soit au courant de son crime: “Voilà pour la démence, reptile! Et c'est seulement parce que Lui est à côté et que c'est le soir de Pâque que je ne t'étrangle pas. Mais réfléchis, réfléchis bien! S'il Lui arrive du mal et qu'il n'est plus là pour arrêter ma force, personne ne te sauve. C'est comme si déjà tu avais la corde au cou et ce seront ces mains honnêtes et fortes d'artisan galiléen et de descendant du frondeur de Goliath qui feront ton affaire. Lève-toi, mollasson libertin! Et surveille ta conduite.” Judas se lève, livide, sans la moindre réaction. Et, ce qui me surprend, personne ne réagit au nouveau geste du Thaddée. Au contraire!… Il est clair que tous approuvent. L'ambiance est à peine redevenue tranquille que Jésus entre. Il se présente au seuil de la petite porte par laquelle sa grande taille passe difficilement, met le pied sur le petit palier et, avec son sourire doux et triste, dit en ouvrant les bras: “La paix soit avec vous.” Sa voix est lasse comme celle de quelqu'un qui souffre physiquement et moralement. Il descend, caresse la tête blonde de Jean qui est accouru près de Lui. Comme s'il ignorait tout, il sourit à son cousin Jude et il dit à l'autre cousin: “Ta mère te prie d'être doux avec Joseph. Tout à l'heure il a demandé aux femmes de mes nouvelles et des tiennes. Je regrette de ne l'avoir pas salué.” “Tu le feras demain,” “Demain?… Mais j'aurai toujours le temps de le voir… Oh! Pierre! Nous allons rester finalement un peu ensemble! Depuis hier, tu sembles pour Moi un feu follet. Je te vois, puis je ne te vois plus. Aujourd'hui je puis presque dire que je t'ai perdu. Toi aussi, Simon.” “Nos cheveux plutôt blancs que noirs peuvent t'assurer que nous ne nous sommes pas absentés par désir de la chair” dit Simon avec sérieux. “Bien que… à tout âge on peut avoir cette faim… Les vieux! Pires quelques jeunes…” dit l'Iscariote offensif. Simon le regarde et il va répliquer. Mais Jésus le regarde aussi et dit: “Tu as mal aux dents? Tu as la joue droite enflée et rouge.” “Oui, j'ai mal. Mais ce n'est pas la peine de s'en occuper.” Les autres ne disent rien, et l'affaire se termine ainsi. “Avez-vous fait tout ce qu'il fallait faire? Toi, Mathieu? Et toi, André? Et toi, Judas, as-tu pensé à l'offrande au Temple?” Les deux premiers, aussi bien que l'Iscariote, disent: “Tout est fait de ce que tu avais dit de faire pour aujourd'hui. Sois tranquille.” “Moi, j'ai apporté les primeurs de Lazare à Jeanne de Chousa, pour les enfants. Ils m'ont dit: "Elles étaient meilleurs ces pommes!" Elles avaient la saveur de la faim, celles-là! Et c'était tes pommes” dit Jean souriant et rêvant. Jésus aussi sourit à un souvenir… “J'ai vu Nicodème et Joseph” dit Thomas. “Tu les as vus? Tu as parlé avec eux?” demande l'Iscariote avec un intérêt exagéré. “Oui. Qu'y a-t-il d'étrange? Joseph est un bon client de mon père.” “Tu ne l'avais pas dit avant… C'est pour cela que j'ai été étonné!…” Judas essaie de dépailler l'impression, qu'il avait donnée d'abord, de son inquiétude pour la rencontre de Joseph et de Nicodème avec Thomas. “Il me semble étrange qu'ils ne soient pas venus ici pour te vénérer. Ni eux, ni Chousa, ni Manaën… Aucun des…” Mais l'Iscariote, avec un faux rire, interrompt Barthélemy et il dit: “Le crocodile se terre quand il le faut.” “Que veux-tu dire? Qu'insinues-tu?” demande Simon, agressif comme il n'a jamais été.  “Paix, paix! Mais qu'avez-vous? C'est la soirée pascale! Jamais nous n'avons eu un si digne apparat pour consommer l'agneau. Consommons donc la cène dans un esprit de paix. Je vois que je vous ai beaucoup troublés par mes instructions de ces derniers soirs. Mais, vous voyez? J'ai fini! Maintenant je ne vous troublerai plus. Tout n'est pas dit de ce qui se rapporte à Moi. Seulement l'essentiel. Le reste… vous le comprendrez par la suite. Il vous sera dit… Oui. Il viendra Celui qui vous le dira! Jean, va avec Judas et un autre, prendre les coupes pour la purification. Et puis assoyons-nous à table.” Jésus est d'une douceur déchirante. Jean avec André, Jude Thaddée avec Jacques, apportent la vaste coupe, y versent l'eau et offrent l'essuie-mains à Jésus et à leurs compagnons qui font la même chose avec eux. La coupe (qui est un bassin de métal) est mise dans un coin. “Et maintenant à vos places. Moi ici, et ici (à droite) Jean et de l'autre côté mon fidèle Jacques. Les deux premiers disciples. Après Jean ma Pierre forte et après Jacques celui qui est comme l'air. On ne le remarque pas, mais il est toujours présent et réconforte: André. Près de lui, mon cousin Jacques. Tu ne te plains pas, doux frère, si je donne la première place aux premiers? Tu es le neveu du Juste dont l'esprit palpite et plane sur Moi en cette soirée plus que jamais. Aie la paix, père de ma faiblesse enfantine, chêne à l'ombre duquel se restaurèrent la Mère et le Fils! Aie la paix!… Après Pierre: Simon… Simon, viens ici un moment. Je veux fixer ton visage loyal. Après, je ne te verrai plus que mal car les autres me couvriront ta figure honnête. Merci, Simon. De tout” et il l'embrasse. Simon, quand il le laisse, va à sa place portant ses mains à son visage en marquant son affliction. “En face de Simon, mon Bartholmaï, deux honnêtetés et deux sagesses qui se reflètent. Ils sont bien ensemble. Et tout près, toi, Jude mon frère. Ainsi je te vois… et il me semble être à Nazareth… quand quelque fête nous réunissait tous à une table… Et aussi à Cana… Tu te souviens? Nous étions ensemble. Une fête… une fête de noces… le premier miracle… l'eau changée en vin… Aujourd'hui aussi une fête… et aujourd'hui aussi il y aura un miracle… le vin changera de nature… et il sera…” Jésus se plonge dans ses pensées, la tête inclinée, et comme isolé dans son monde secret. Les autres le regardent et ne parlent pas. Il relève la tête et fixe Judas Iscariote auquel il dit: “Tu seras en face de Moi.” “Tu m'aimes à ce point? Plus que Simon, que tu veux toujours m'avoir en face de Toi?” “Tellement. Tu l'as dit.” “Pourquoi, Maître?” “Parce que tu es celui qui a fait plus que tous pour cette heure.”  Judas jette un regard changé sur le Maître et sur ses compagnons. Sur le premier avec un air de compassion, sur les autres avec un air de triomphe. “Et à côté de toi, d'une part Mathieu, de l'autre Thomas.” “Alors Mathieu à ma gauche et Thomas à ma droite.” “Comme tu veux, comme tu veux” dit Mathieu. “Il me suffit d'avoir bien en face de moi mon Sauveur.” “Le dernier, Philippe. Voilà, vous voyez? Qui n'est pas à côté de Moi du côté d'honneur, a l'honneur d'être en face de Moi.” Jésus, debout à sa place, verse dans le grand calice placé devant Lui (tous ont de hauts calices, mais Lui en a un beaucoup plus grand en plus de celui des autres. Ce doit être le calice rituel). Il verse le vin. Il l'élève, l'offre, le repose. Puis tous ensemble demandent sur le ton du psaume: “Pourquoi cette cérémonie?” Question de pure forme, on le comprend, rituelle. Jésus, en chef de famille, y répond: “Ce jour rappelle notre libération de l'Égypte. Que soit béni Jéovah qui a créé le fruit de la vigne.” Il boit une gorgée de ce vin qu'il a offert et passe le calice aux autres. Puis il offre le pain, en fait des morceaux, le distribue, ensuite les légumes trempés dans la sauce rougeâtre qui est dans quatre saucières. Une fois terminée cette partie du repas, ils chantent des psaumes tous en chœur. On apporte de la crédence sur la table et on place en face de Jésus le grand plateau de l'agneau rôti. Pierre qui a le rôle de… première partie du chœur, si vous voulez, demande: “Pourquoi cet agneau ainsi présenté?” “En souvenir de quand Israël fut sauvé par l'agneau immolé. Le premier-né ne mourut pas là où le sang brillait sur les montants de la porte et sur l'architrave. Et ensuite, alors que l'Égypte pleurait ses fils premiers-nés qui étaient morts, depuis le palais royal jusqu'aux taudis, les hébreux, commandés par Moïse, se mirent en marche vers la terre de la libération et de la promesse. Les côtés déjà ceints, les sandales aux pieds, le bourdon en main, le peuple d'Abraham s'empressa de se mettre en marche en chantant les hymnes de la joie” Tous se lèvent debout et entonnent: “Quand Israël sortit d'Égypte et la maison de Jacob du milieu d'un peuple barbare, la Judée devint son sanctuaire” etc. Maintenant Jésus découpe l'agneau, verse un nouveau calice, le passe après en avoir bu. Puis ils chantent encore: “Enfants, louez le Seigneur. Que soit béni le Nom de l'Éternel maintenant et toujours dans les siècles. De l'orient à l'occident Il doit être loué” etc. Jésus donne les parts en faisant attention que chacun soit bien servi, exactement comme un père de famille parmi ses fils qui lui sont tous chers. Il est solennel, un peu triste, alors qu'il dit: “J'ai ardemment désiré de manger avec vous cette Pâque. Cela a été mon désir des désirs depuis qu'éternellement j'ai été le "Sauveur". Je savais que cette heure précéderait cette autre, et la joie de me donner mettait à l'avance ce soulagement à mon martyre… J'ai ardemment désiré de manger avec vous cette Pâque car jamais plus je ne goûterai du fruit de la vigne jusqu'à ce que soit venu le Royaume de Dieu. Alors je m'assiérai de nouveau avec les élus au Banquet de l'Agneau, pour les noces des Vivants avec le Vivant. Mais y viendront seulement ceux qui auront été humbles et purs de cœur comme je le suis.” “Maître, tout à l'heure tu as dit que qui n'a pas l'honneur de la place, a celui d'être en face de Toi. Comment alors pouvons-nous savoir qui est le premier d'entre nous?” demande Barthélemy. “Tous et personne. Une fois… nous revenions fatigués… avec la nausée de la rancœur des pharisiens. Mais vous n'étiez pas las pour discuter entre vous qui était le plus grand… Un enfant accourut près de Moi… un de mes petits amis… Et son innocence adoucit mon dégoût de tant de choses. Ce n'était pas pour dernière votre humanité opiniâtre. Où es-tu maintenant, petit Benjamin à la réponse sage, venue à toi du Ciel car, ange comme tu l'étais, l'Esprit te parlait? Je vous ai dit alors: "Si quelqu'un veut être le premier qu'il soit le dernier et le serviteur de tous". Et je vous ai donné en exemple l'enfant sage. Maintenant je vous dis: "Les rois des nations les dominent. Et les peuples opprimés, tout en les haïssant, les acclament et on les appelle les rois 'Bienfaiteurs', 'Pères de la Patrie', mais la haine couve sous le respect menteur". Mais parmi vous qu'il n'en soit pas ainsi. Que le plus grand soit comme le plus petit, le chef comme celui qui sert. Qui, en fait, est le plus grand? Celui qui est à table ou celui qui sert? C'est celui qui est à table. Et pourtant, Moi je vous sers, et d'ici peu, je vous servirai davantage. Vous êtes ceux qui ont été avec Moi dans les épreuves, et Moi je dispose pour vous d'une place dans mon Royaume, de même que j'y serai Roi selon la volonté du Père, afin que vous mangiez et buviez à ma table éternelle et que vous soyez assis sur des trônes pour juger les douze tribus d'Israël. Vous êtes restés avec Moi dans les épreuves… Il n'y a que cela qui vous donne de la grandeur aux yeux du Père.” “Et ceux qui viendront? Ils n'auront pas de place dans le Royaume? Nous seuls?” “Oh! que de princes dans ma Maison! Tous ceux qui auront été fidèles au Christ dans les épreuves de la vie seront des princes dans mon Royaume, car ceux qui auront persévéré jusqu'à la fin dans le martyre de l'existence seront pareils à vous qui êtes restés avec Moi dans mes épreuves. Je m'identifie avec ceux qui croient en Moi. La Douleur que j'embrasse pour vous et pour tous les hommes, je la donne comme enseigne à ceux qui sont particulièrement élus. Celui qui me sera fidèle dans la Douleur sera un de mes bienheureux, pareil à vous, ô mes aimes.” “Nous avons persévéré jusqu'à la fin.” “Tu le crois, Pierre? Et Moi, je te dis que l'heure de l'épreuve n'est pas encore venue. Simon, Simon de Jonas, voilà que Satan a demandé de vous vanner comme le grain. J'ai prié pour toi, pour que ta foi ne vacille pas. Toi, quand tu te seras repenti, confirme tes frères.” “Je sais que je suis un pécheur. Mais je serai fidèle à Toi jusqu'à la mort. Je n'ai pas ce péché. Je ne l'aurai jamais.” “Ne sois pas orgueilleux, mon Pierre. Cette heure changera une infinité de choses qui avant étaient ainsi et qui maintenant seront différentes. Combien!… Elles apportent et imposent des nécessités nouvelles. Vous le savez. Je vous l'ai toujours dit, même quand nous allions par des chemins écartés, parcourus par des bandits: "Ne craignez pas, il ne vous arrivera aucun mal parce que les anges du Seigneur sont avec nous. Ne vous préoccupez de rien". Vous rappelez-vous quand je vous disais: "N'ayez pas d'inquiétudes pour ce que vous devez manger et pour le vêtement. Le Père sait de quoi nous avons besoin"? Je vous disais aussi: "L'homme est beaucoup plus qu'un passereau et que la fleur qui aujourd'hui est de l'herbe et demain est du foin. Et pourtant le Père a soin aussi de la fleur et du petit oiseau. Pouvez-vous alors douter qu'Il n'ait pas soin de vous?" Je vous disais encore: "Donnez à qui vous demande, à celui qui vous offense présentez l'autre joue". Je vous disais: "N'ayez pas de bourse ni de bâton". Parce que je vous ai enseigné l'amour et la confiance. Mais maintenant… Maintenant ce n'est plus ce temps. Maintenant je vous dis: "Vous est-il rien manqué jusqu'à maintenant? Avez-vous jamais été offensés?” “Rien, Maître. Et Toi seul as été offensé.” “Vous voyez donc que ma parole était vraie. Mais maintenant les anges ont tous été rappelés par leur Seigneur. C'est l'heure des démons… Avec leurs ailes d'or, eux, les anges du Seigneur, se couvrent les yeux, s'enveloppent et souffrent de ce que leurs ailes ne soient pas couleur du chagrin, car c'est une heure de deuil, de deuil cruel, sacrilège… Il n'y a pas d'anges sur la Terre ce soir. Ils sont près du trône de Dieu pour couvrir de leur chant les blasphèmes du monde déicide et les pleurs de l'Innocent. Et nous sommes seuls… Vous et Moi: seuls. Et les démons sont les maîtres de l'heure. Aussi maintenant nous allons prendre les apparences et les mesures des pauvres hommes qui se défient et n'aiment pas. Maintenant que celui qui a une bourse prenne aussi une besace, que celui qui n'a pas d'épée vende son manteau et en achète une, car cela aussi est dit de Moi dans l'Ecriture et doit s'accomplir: "Il a été compté parmi les malfaiteurs". En vérité tout ce qui me concerne a son but.” Simon, qui s'est levé pour aller au coffre où il a déposé son riche manteau - c'est en effet que ce soir tous ont pris leurs meilleurs habits, et ont par conséquent leurs poignards, damasquinés mais très courts, plutôt couteaux que poignards, à leurs riches ceintures - prend deux épées, deux épées véritables, longues, légèrement courbes, et les porte à Jésus: “Pierre et moi, nous sommes armés ce soir. Nous avons celles-ci, mais les autres n'ont que le court poignard.” Jésus prend les épées, les observe, en dégaine une et essaie le tranchant sur l'ongle. C'est une vue étrange et cela fait une impression encore plus étrange de voir cette arme féroce dans les mains de Jésus. “Qui vous les a données?” demande l'Iscariote alors que Jésus observe en silence. Et Judas paraît sur les épines… “Qui? Je te rappelle que mon père était noble et puissant.” “Mais Pierre…” “Eh bien? Depuis quand dois-je rendre compte des cadeaux que je veux faire à mes amis?” Jésus lève la tête après avoir rengainé l'arme et la rend au Zélote. “C'est bien, elles suffisent. Tu as bien fait de les prendre. Mais maintenant, avant que l'on boive le troisième calice, attendez un moment. Je vous ai dit que le plus grand est pareil au plus petit et que Moi je suis le serviteur à cette table, et que je vous servirai davantage. Jusqu'à présent je vous ai donné de la nourriture, service pour le corps. Maintenant je veux vous donner une nourriture pour l'esprit. Ce n'est pas un plat du rituel ancien. Il appartient au nouveau rite. J'ai voulu me baptiser avant d'être le "Maître". Pour répandre la Parole, ce baptême suffisait. Maintenant le Sang sera répandu. Il faut un nouveau baptême même pour vous qui pourtant avez été purifiés, par le Baptiste en son temps, et même aujourd'hui au Temple. Mais cela ne suffit pas encore. Venez que je vous purifie. Suspendez le repas. Il y a quelque chose de plus élevé et de plus nécessaire que la nourriture donnée au ventre pour le remplir, même si c'est une nourriture sainte comme celle du rite pascal. Et c'est un esprit pur, disposé à recevoir le don du Ciel qui déjà descend pour se faire un trône en vous et vous donner la Vie. Donner la Vie à qui est pur.” Jésus se lève, fait lever Jean pour sortir plus facilement de sa place, va à un coffre et quitte son vêtement rouge pour le plier et le déposer sur le manteau déjà plié, se ceint la taille d'un grand essuie-mains, puis va à un autre bassin encore vide et propre. Il y verse de l'eau, le porte au milieu de la pièce près de la table, et le met sur un tabouret. Les apôtres le regardent étonnés. “Vous ne me demandez pas ce que je fais?” “Nous ne savons pas. Je te dis que nous sommes déjà purifiés” répond Pierre. “Et je te répète que cela n'a pas importance. Ma purification servira à celui qui est déjà pur à être plus pur.” Il s'agenouille, délace les sandales de l'Iscariote et lui lave les pieds l'un après l'autre. Il est facile de le faire car les lits-sièges sont tournés de façon que les pieds sont vers l'extérieur. Judas est stupéfait et ne dit rien. Seulement quand Jésus, avant de chausser le pied gauche et de se lever, fait le geste de lui baiser le pied droit déjà chaussé, Judas retire vivement son pied et frappe avec la semelle la bouche divine. Il le fait sans le vouloir. Ce n'est pas un coup fort, mais il me donne tant de douleur. Jésus sourit et à l'apôtre qui Lui demande: “T'ai-je fait mal? Je ne voulais pas… Pardon”, il dit: “Non, ami. Tu l'as fait sans malice et cela ne me fait pas mal.” Judas le regarde. Un regard troublé, fuyant… Jésus passe à Thomas, puis à Philippe… il suit le côté étroit de la table et arrive à son cousin Jacques. Il le lave, et en se levant le baise au front. Il passe à André qui rougit de honte et fait des efforts pour ne pas pleurer, il le lave, le caresse comme un enfant. Puis c'est Jacques de Zébédée qui ne cesse de murmurer: “Oh! Maître! Maître! Maître! Tu t'anéantis, mon sublime Maître!” Jean a déjà délacé ses sandales et alors que Jésus se penche pour lui essuyer les pieds, il s'incline pour baiser ses cheveux. Mais Pierre!… Il n'est pas facile de le persuader de se prêter à ce rite! “Toi, me laver les pieds? N'y pense pas! Tant que je suis en vie, je ne le permettrai pas. Je suis un ver, tu es Dieu. Chacun à sa place.” “Ce que je fais, tu ne peux le comprendre maintenant, mais par la suite, tu le comprendras. Laisse-moi faire.” “Tout ce que tu veux, Maître. Veux-tu me couper le cou? Fais-le. Mais me laver les pieds, tu ne le feras pas.” “Oh! mon Simon! Tu ne sais pas que si je ne te lave pas tu n'auras pas part à mon Royaume? Simon, Simon! Tu as besoin de cette eau pour ton âme et pour le tant de chemin que tu dois faire. Tu ne veux pas venir avec Moi? Si je ne te lave pas, tu ne viens pas dans mon Royaume.” “Oh! mon Seigneur béni! Mais alors lave-moi tout entier! Pieds, mains et tête!” “Celui qui, comme vous, a pris un bain n'a besoin que de se laver les pieds, puisqu'il est entièrement pur. Les pieds… L'homme avec ses pieds va dans les ordures. Et ce serait encore peu car, je vous l'ai dit, ce n'est pas ce qui entre et sort avec la nourriture qui souille, et ce n'est pas ce qui va sur les pieds, en route, qui contamine l'homme. Mais c'est ce qui couve et mûrit dans son cœur et sort de là pour contaminer ses actions et ses membres. Et les pieds de l'homme à l'âme impure vont aux orgies, à la luxure, aux commerces illicites, aux crimes… Ce sont donc parmi les membres du corps, ceux qui ont une grande partie à purifier… avec les yeux, avec la bouche… Oh! homme! homme! Créature parfaite un jour, le premier! Et ensuite tellement corrompu par le Séducteur! Et il n'y avait pas de malice en toi, ô homme, et pas de péché!… Et maintenant? Tu es tout entier malice et péché, et il n'y a pas de parties de toi qui ne pèche pas!” Jésus lave les pieds à Pierre, les baise, et Pierre pleure et il prend dans ses grosses mains les mains de Jésus, les passe sur ses yeux et les baise ensuite. Simon aussi a quitté ses sandales et se laisse laver. Mais ensuite, quand Jésus va passer à Barthélemy, Simon s'agenouille et Lui baise les pieds en disant: “Purifie-moi de la lèpre du péché comme tu m'as purifié de la lèpre du corps, pour que je ne sois pas confondu à l'heure du jugement, mon Sauveur!” “Ne crains pas, Simon. Tu viendras dans la Cité céleste blanc comme la neige.” “Et moi, Seigneur? À ton vieux Bartholmaï que dis-tu? Tu m'as vu sous l'ombre du figuier et tu as lu dans mon cœur. Et maintenant que vois-tu, et où me vois-tu? Rassure un pauvre vieux qui craint de ne pas avoir la force et le temps pour arriver à ce que tu veux qu'il soit.” Barthélemy est très ému. “Toi aussi, ne crains pas. J'ai dit alors: "Voici un vrai israélite en qui il n'y a pas de fraude". Maintenant je dis: "Voilà un vrai chrétien, digne du Christ". Où je te vois? Sur un trône éternel, vêtu de pourpre. Je serai toujours avec toi.” C'est le tour de Jude Thaddée. Celui-ci, quand il voit Jésus à ses pieds, ne sait pas se contenir, il penche la tête sur son bras appuyé à la table et il pleure. “Ne pleure pas, doux frère. Tu es maintenant comme quelqu'un qui doit supporter qu'on lui enlève un nerf et il te paraît ne pas pouvoir le supporter. Mais ce sera une brève douleur. Puis… oh! tu seras heureux parce que tu m'aimes. Tu t'appelles Jude, et tu es comme notre grand Jude: comme un géant. Tu es celui qui protège. Tes actions sont du lion et du lionceau qui rugit. Tu découvriras les impies qui reculeront devant toi, et les gens iniques seront terrifiés. Moi, je sais. Sois courageux. Une éternelle union resserrera et rendra parfaite notre parenté dans le Ciel.” Il le baise lui aussi sur le front comme l'autre cousin. “Je suis pécheur, Maître. Pas à moi…” “Tu étais pécheur, Mathieu. Maintenant tu es l'Apôtre. Tu es une de mes "voix". Je te bénis. Ces pieds, que de chemin ils ont fait pour avancer toujours, vers Dieu… L'âme les excitait et ils ont quitté tout chemin qui n'était pas mon chemin. Avance. Sais-tu où finit le sentier? Sur le sein du Père qui est le mien et le tien” Jésus a fini. Il enlève la serviette, se lave les mains dans de l'eau propre, reprend son vêtement, retourne à sa place et dit alors qu'il s'assied à sa place: “Maintenant vous êtes purs, mais pas tous. Seulement ceux qui ont eu la volonté de l'être.” Il fixe Judas de Kériot qui fait semblant de ne pas entendre, occupé à expliquer à son compagnon Mathieu comment son père se décida à l'envoyer à Jérusalem, conversation inutile dont le seul but est de donner une contenance à Judas qui, malgré son audace, doit se sentir mal à l'aise. Jésus pour la troisième fois verse du vin dans le calice commun. Il boit, fait boire. Puis il entonne et les autres font un chœur: “J'aime parce que le Seigneur écoute la voix de ma prière, parce qu'Il tend son oreille vers moi. Je l'invoquerai toute ma vie. J'étais entouré des douleurs de mort” etc. Un moment d'arrêt, puis il recommence à chanter: “J'ai eu foi, c'est pour cela que j'ai parlé. Mais j'ai été fortement humilié. Et je disais dans mon trouble: "Tout homme est menteur".” Il regarde fixement Judas. La voix de mon Jésus, fatiguée ce soir, reprend sa force quand il s'écrie: “Elle est précieuse devant Dieu la mort des saints” et “Tu as brisé mes chaînes. Je te sacrifierai une hostie de louange en invoquant le nom du Seigneur” etc. Un autre bref arrêt dans le chant et puis il reprend: “Louez tous le Seigneur, ô nations; louez-le tous les peuples. Car elle s'est affermie sur nous sa miséricorde et la vérité du Seigneur dure éternellement.” Un autre arrêt bref et puis un long hymne: “Célébrez le Seigneur car Il est bon, car sa miséricorde dure éternellement…” Judas de Kériot chante tellement faux que par deux fois Thomas lui redonne le ton de sa puissante voix de baryton et le regarde fixement. Les autres aussi le regardent car généralement il est bien dans le ton de sa voix, j'ai compris, qu'il en est orgueilleux comme du reste. Mais ce soir! Certaines phrases le troublent au point qu'il chante faux et de même des regards de Jésus qui soulignent certaines phrases. L'une d'elles: “Il vaut mieux avoir confiance en Dieu que d'avoir confiance en l'homme.” Une autre: “Bousculé, j'ai vacillé et j'allais tomber, mais le Seigneur m'a soutenu.” Une autre c'est: “Je ne mourrai pas, mais je vivrai et je raconterai les œuvres du Seigneur.” Et enfin ces deux, que je dis maintenant, étranglent la voix dans la gorge du Traître: “La pierre rejetée par les constructeurs est devenue la pierre d'angle” et “Béni celui qui vient au nom du Seigneur!” Le psaume fini, pendant que Jésus découpe des tranches de l'agneau et les présente, Mathieu demande à Judas de Kériot: “Mais tu te sens mal?” “Non. Laisse-moi tranquille. Ne t'occupe pas de moi.” Mathieu hausse les épaules. Jean, qui a entendu, dit: “Le Maître aussi n'est pas bien. Qu'as-tu mon Jésus? Ta voix est faible comme celle d'un malade ou de quelqu'un qui a beaucoup pleuré” et il l'embrasse en restant la tête sur la poitrine de Jésus. “Il a seulement beaucoup parlé, comme moi j'ai beaucoup marché et pris froid” dit Judas nerveux. Et Jésus, sans lui répondre, dit à Jean: “Tu me connais désormais… et tu sais ce qui me fatigue…” L'agneau est presque consommé. Jésus, qui a très peu mangé en buvant seulement une gorgée de vin à chaque calice et en buvant par contre beaucoup d'eau comme s'il était fiévreux, recommence à parler: “Je veux que vous compreniez mon geste de tout à l'heure. Je vous ai dit que le premier est comme le dernier, et que je vous donnerai une nourriture qui n'est pas corporelle. C'est une nourriture d'humilité que je vous ai donnée, pour votre esprit. Vous m'appelez Maître et Seigneur. Vous dites bien car je le suis. Si donc je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devez le faire l'un pour l'autre. Je vous ai donné l'exemple afin que vous fassiez comme j'ai fait. En vérité je vous dis: le serviteur n'est pas plus que le Maître, et l'apôtre n'est pas plus que Celui qui l'a fait tel. Cherchez à comprendre ces choses. Si ensuite, en les comprenant, vous les mettez en pratique vous serez bienheureux. Mais vous ne serez pas tous bienheureux. Je vous connais. Je sais qui j'ai choisi. Je ne parle pas de tous de la même manière, mais je dis ce qui est vrai. D'autre part doit s'accomplir ce qui est écrit à mon sujet: "Celui qui a mangé le pain avec Moi, a levé son talon sur Moi". Je vous dis tout avant que cela n'arrive, pour que vous n'ayez pas de doutes sur Moi. Quand tout sera accompli, vous croirez encore davantage que Je suis Moi. Celui qui m'accueille, accueille Celui qui m'a envoyé: le Père Saint qui est dans les Cieux, et celui qui accueillera ceux que je lui enverrai il m'accueillera Moi-même. Car je suis avec le Père et vous êtes avec Moi… Mais maintenant accomplissons le rite.” Il verse de nouveau du vin dans le calice commun et avant d'en boire et d'en faire boire il se lève, et tous se lèvent avec Lui et il chante de nouveau un des psaumes d'auparavant: “J'ai eu foi, et c'est pour cela que j'ai parlé…” et puis un autre qui n'en finit pas. Beau… mais sans fin! Je crois le retrouver, pour le commencement et la longueur, dans le psaume 118. Ils le chantent ainsi. Un morceau tous ensemble, puis à tour de rôle chacun dit un verset et les autres un morceau ensemble, et ainsi jusqu'à la fin. Je crois qu'à la fin ils ont soif! Jésus s'assied, il ne s'allonge pas. Il reste assis, comme nous, et il parle: “Maintenant que l'ancien rite est accompli, je célèbre le nouveau rite. Je vous ai promis un miracle d'amour. C'est l'heure de le faire. C'est pour cela que j'ai désiré cette Pâque. Dorénavant voilà l'Hostie qui sera consommée dans un perpétuel rite d'amour. Je vous ai aimés pour toute la vie de la Terre, mes chers amis. Je vous ai aimés pour toute l'éternité, mes fils. Et je veux vous aimer jusqu'à la fin. Il n'y a pas de chose plus grande que celle-là. Rappelez-vous-en. Je m'en vais, mais nous resterons unis pour toujours grâce au miracle que maintenant j'accomplis.” Jésus prend un pain encore entier, le met sur le calice rempli. Il bénit et offre l'un et l'autre, puis il partage le pain, en fait treize morceaux et en donne un à chacun des apôtres en disant: “Prenez et mangez. Ceci est mon Corps. Faites ceci en mémoire de Moi qui m'en vais.” Il donne le calice et dit: “Prenez et buvez. Ceci est mon Sang. Ceci est le calice du nouveau pacte dans le Sang et par mon Sang qui sera répandu pour vous pour la rémission de vos péchés et pour vous donner la Vie. Faites ceci en mémoire de Moi.” Jésus est très triste. Tout sourire, toute trace de lumière, de couleur l'ont abandonné. Il a déjà un visage d'agonie. Les apôtres le regardent angoissés. Jésus se lève en disant: “Ne bougez pas. Je reviens tout de suite.” Il prend le treizième morceau de pain, prend le calice et sort du Cénacle. “Il va trouver sa Mère” murmure Jean. Et Jude Thaddée soupire: “Pauvre femme!” Pierre demande tout bas: “Crois-tu qu'elle sache?” “Elle sait tout. Elle a toujours tout su.” Ils parlent tous à voix très basse comme devant un mort. “Mais croyez-vous que vraiment…” demande Thomas qui ne veut pas encore croire. “Et en doutes-tu? C'est son heure” répond Jacques de Zébédée. “Que Dieu nous donne la force d'être fidèles” dit le Zélote. “Oh! moi…” va dire Pierre. Mais Jean, qui est aux aguets, dit: “Chut! Le voici.” Jésus rentre. Il a dans les mains le calice vide. Sur le fond il y a à peine une trace de vin, et sous la lumière du lampadaire elle semble vraiment du sang. Judas Iscariote, qui a devant lui le calice, le regarde comme fasciné, et puis il détourne son regard. Jésus l'observe et il a un frisson que ressent Jean, appuyé comme il l'est sur sa poitrine. “Mais dis-le! Tu trembles…” s'écrie-t-il. “Non. Je ne tremble pas de fièvre… Je vous ai tout dit et je vous ai tout donné. Je ne pouvais vous donner davantage. C'est Moi-même que je vous ai donné.” Il a son doux geste des mains qui, d'abord jointes, se séparent maintenant et s'écartent alors qu'il baisse la tête comme pour dire: “Excusez-moi si je ne puis davantage. C'est ainsi.” “Je vous ai tout dit, et je vous ai tout donné. Et je répète. Le nouveau rite est accompli. Faites ceci en mémoire de Moi. Je vous ai lavé les pieds pour vous apprendre à être humbles et purs comme votre Maître. Car je vous dis qu'en vérité les disciples doivent être comme le Maître. Souvenez-vous-en, souvenez-vous-en. Même quand vous serez haut placés, souvenez-vous-en. Le disciple n'est pas plus que le Maître. Comme je vous ai lavés, faites-le entre vous. C'est-à-dire aimez-vous comme des frères, en vous aidant l'un l'autre, en vous vénérant réciproquement, en étant un exemple l'un pour l'autre. Et soyez purs. Pour être dignes de manger le Pain vivant descendu du Ciel et pour avoir en vous et par Lui la force d'être mes disciples dans un monde ennemi qui vous haïra à cause de mon Nom. Mais l'un de vous n'est pas pur. L'un de vous me trahira. De cela, mon esprit est fortement troublé… La main de celui qui me trahit est avec Moi sur cette table, et ni mon amour, ni mon Corps, ni mon Sang, ni ma parole ne le rappellent ni ne le font repentir. Je lui pardonnerais en allant à la mort pour lui aussi.” Les disciples se regardent terrifiés. Ils se scrutent, se suspectant l'un l'autre. Pierre fixe l'Iscariote dans un réveil de tous ses doutes. Jude Thaddée se lève brusquement pour regarder à son tour l'Iscariote au-dessus de Mathieu. Mais l'Iscariote a tant d'assurance! À son tour, il regarde fixement Mathieu comme s'il le suspectait, puis il fixe Jésus et sourit en demandant: “Serait-ce moi, celui-là?” Il paraît le plus sûr de son honnêteté et qu'il parle ainsi pour ne pas laisser tomber la conversation. Jésus répète son geste en disant: “Tu le dis, Judas de Simon. Ce n'est pas Moi, c'est toi qui le dis. Je ne t'ai pas nommé. Pourquoi t'accuses-tu? Interroge ton admoniteur intérieur, ta conscience d'homme, la conscience que le Dieu Père t'a donnée pour te conduire en homme, et rends-toi compte si elle t'accuse. Tu le sauras avant tous. Mais si elle te rassure, pourquoi dis-tu une parole et penses-tu à une chose dont il est anathème même d'en parler ou d'y penser par plaisanterie?” Jésus parle avec calme. Il semble qu'il soutienne la thèse proposée comme peut le faire un savant à sa classe. L'émoi est grand, mais le calme de Jésus l'apaise. Cependant Pierre qui soupçonne le plus Judas - peut-être le Thaddée aussi, mais il le paraît moins, désarmé comme il l'est par la désinvolture de l'Iscariote - tire Jean par la manche. Quand Jean, qui s'est tout serré contre Jésus en entendant parler de trahison, se tourne, il lui murmure: “Demande-lui qui c'est.” Jean reprend sa position et lève seulement la tête comme pour baiser Jésus et en même temps Lui murmure à l'oreille: “Maître, qui est-ce?” Et Jésus, très doucement, en lui rendant le baiser dans les cheveux: “Celui auquel je vais donner un morceau de pain trempé.” Et prenant un pain encore entier, pas le reste de celui qui a servi pour l'Eucharistie, en détache une grosse bouchée, la trempe dans la sauce de l'agneau dans le plateau, il allonge le bras au-dessus de la table et dit: “Prends, Judas. Tu aimes cela.” “Merci, Maître. Oui, j'aime cela” et ne sachant pas ce qu'est cette bouchée, il la mange, alors que Jean, horrifié, va jusqu'à fermer ses yeux pour ne pas voir l'horrible rire de l'Iscariote pendant qu'il mange à belles dents le pain accusateur. “Bon! Va, maintenant que je t'ai fait plaisir” dit Jésus à Judas. “Tout est accompli, ici (il marque beaucoup ce mot). Ce qui reste encore à faire ailleurs, fais-le vite, Judas de Simon.” “Je t'obéis de suite, Maître. Ensuite je te rejoindrai au Gethsémani. Tu vas là, n'est-ce pas, comme toujours?” “J'y vais… comme toujours… oui.” “Qu'a-t-il à faire?” demande Pierre. “Il va seul?” “Je ne suis pas un enfant” plaisante Judas qui met son manteau. “Laisse-le aller. Lui et Moi savons ce qu'il y a à faire” dit Jésus. “Oui, Maître.” Pierre se tait. Peut-être pense-t-il qu'il a péché en soupçonnant son compagnon. La main sur le front, il réfléchit. Jésus serre Jean sur son cœur et se tourne pour lui murmurer dans les cheveux: “Ne dis rien à Pierre pour le moment. Ce serait un scandale inutile.” “Adieu, Maître. Adieu, amis.” Judas salue. “Adieu” dit Jésus. Et Pierre: “Je te salue, garçon.” Jean, la tête presque sur le sein de Jésus, murmure: “Satan!” Jésus seul l'entend et soupire. Ici tout s'arrête, mais Jésus dit: “Je suspends par pitié pour toi. Je te donnerai la fin de la Cène à un autre moment.” (la cène continue) Il y a quelques minutes de silence absolu. Jésus a la tête inclinée, en caressant machinalement les cheveux blonds de Jean. Puis il se secoue, lève la tête, tourne son regard, a un sourire qui réconforte les disciples. Il dit: “Quittons la table et asseyons-nous tous les uns près des autres, comme autant de fils autour de leur père.” Ils prennent les lits-sièges qui étaient derrière la table (ceux de Jésus, Jean, Jacques, Pierre, Simon, André et du cousin Jacques) et ils les portent de l'autre côté. Jésus prend place sur le sien, toujours entre Jacques et Jean. Mais quand il voit qu'André va s'asseoir à la place laissée par l'Iscariote, il crie: “Non, pas là.” Un cri impulsif que son extrême prudence ne réussit pas à empêcher. Puis il se reprend en parlant ainsi: “Il n'est Pas besoin de tant de place. En restant assis, on peut tenir sur eux seuls. Ils suffisent. Je vous veux très proches.” Jacques de Zébédée appelle Pierre: “Assieds-toi ici. Moi, je m'assois sur ce petit tabouret, aux pieds de Jésus.” “Que Dieu te bénisse, Jacques! Je le désirais tant!” dit Pierre, et il se serre contre son Maître qui est ainsi serré de près par Jean et Pierre, avec Jacques à ses pieds. Jésus sourit: “Je vois que commence à opérer la parole dite auparavant. Les bons frères s'aiment. Moi aussi, je te dis, Jacques: "Que Dieu te bénisse". Ce geste aussi, l'Éternel ne l'oubliera pas, et tu le trouveras là-haut. Moi je puis tout ce que je demande. Vous l'avez vu. Il a suffi d'un de mes désirs pour que le Père accorde au Fils de se donner en Nourriture à l'homme. Avec ce qui vient d'arriver le Fils de l'homme a été glorifié car c'est un témoignage de pouvoir le miracle qui n'est possible qu'aux amis de Dieu. Plus le miracle est grand et plus est sûre et profonde cette divine amitié. C'est un miracle qui, par sa forme, sa durée et sa nature, par son étendue et les limites qu'il atteint, est le plus fort qui puisse exister. Je vous le dis: il est si puissant, surnaturel, inconcevable pour l'homme orgueilleux, que bien peu le comprendront comme il doit être compris et que beaucoup le négligeront. Que dirai-je alors? Condamnation pour eux? Non. Je dirai: pitié! Mais plus grand est le miracle, plus grande est la gloire qui en revient à son auteur. C'est Dieu Lui-même qui dit: "Voilà, mon bien-aimé a voulu cela, il l'a eu, et c'est Moi qui le Lui ai accordé, parce qu'il possède une grande grâce à mes yeux". Et ici Il dit: "Il a une grâce sans limites comme est infini le miracle accompli par Lui". De même à la gloire qui revient à l'auteur du miracle de la part de Dieu il y a la gloire qui de son auteur revient au Père. Car toute gloire spirituelle, venant de Dieu, revient à sa source. Et la gloire de Dieu, bien qu'elle soit infinie, s'accroît toujours plus et brille par la gloire de ses saints. C'est pourquoi je vous dis: de même que le Fils de l'homme a été glorifié par Dieu, ainsi Dieu a été glorifié par le Fils de l'homme. J'ai glorifié Dieu en Moi-même. À son tour Dieu glorifiera son Fils en Lui. C'est bientôt qu'Il va le glorifier. Exulte, Toi qui reviens à ton Siège, ô Essence spirituelle de la Seconde Personne! Exulte, ô chair qui vas remonter après un si long exil dans la fange. Et ce n'est pas le Paradis d'Adam, mais le Paradis sublime du Père qui va t'être donné comme demeure. S'il a été dit que par la stupeur d'un commandement de Dieu, donné par la bouche d'un homme, le soleil s'est arrêté, que n'arrivera-t-il pas dans les astres quand ils verront le prodige de la Chair de l'Homme monter et prendre place à la droite du Père dans sa Perfection de matière glorifiée? Mes petits enfants, c'est pour peu de temps encore que je reste avec vous. Et vous, ensuite, vous me chercherez comme des orphelins cherchent leur père mort. Et en pleurant, vous irez en parlant de Lui et vous frapperez en vain à son tombeau muet, et puis encore vous frapperez aux portes azurées du Ciel, avec votre âme lancée dans une suppliante recherche d'amour, disant: "Où est notre Jésus? Nous le voulons. Sans Lui, il n'y a plus de lumière dans le monde, ni de joie, ni d'amour. Rendez-le nous, ou bien laissez-nous entrer. Nous voulons être où il est". Mais, pour le moment, vous ne pouvez venir où je vais. Je l'ai dit aussi aux juifs: "Ensuite vous me chercherez, mais où je vais vous ne pouvez venir". Je le dis aussi à vous. Pensez à la Mère… Elle non plus ne pourra venir où je vais. Et pourtant j'ai quitté le Père pour venir à elle et me faire Jésus dans son sein sans tache. Et pourtant c'est de l'Inviolée que je suis venu dans l'extase lumineuse de ma Naissance. Et c'est de son amour, devenu lait, que je me suis nourri. Je suis fait de pureté et d'amour car Marie m'a nourri de sa virginité fécondée par l'Amour parfait qui vit dans le Ciel. Et pourtant c'est par elle que j'ai grandi, en lui coûtant fatigues et larmes… Et pourtant je lui demande un héroïsme tel que jamais il n'en a été accompli, et par rapport auquel celui de Judith et de Jahel sont des héroïsmes de pauvres femmes discutant avec leur rivale près de la fontaine de leur village. Et pourtant personne ne lui est pareil quand il s'agit de m'aimer. Et, malgré cela, je la laisse et je vais où elle ne viendra que dans beaucoup de temps. Pour elle ce n'est pas le commandement que je vous donne à vous: "Sanctifiez-vous année par année, mois par mois, jour par jour, heure par heure, pour pouvoir venir à Moi quand ce sera votre heure". En elle est toute grâce et toute sainteté. C'est la créature qui a tout eu et qui a tout donné. Il n'y a rien à ajouter ni à enlever. C'est le très saint témoignage de ce que peut Dieu. Mais pour être certain qu'il y a en vous la capacité de pouvoir me rejoindre, et d'oublier la douleur du deuil de la séparation de votre Jésus, je vous donne un commandement nouveau. Et c'est que vous vous aimiez les uns les autres. Comme je vous ai aimés, de même aimez-vous l'un l'autre. C'est par cela que l'on saura que vous êtes mes disciples. Quand un père a de nombreux fils, par quoi reconnaît-on qu'ils sont tels? Pas tellement par l'aspect physique - car il y a des hommes qui sont semblables à un autre homme avec lequel ils n'ont aucun rapport de sang ni non plus de nation -mais par l'amour commun pour la famille, pour leur père, et entre eux. Et le père une fois mort, la bonne famille ne se désagrège pas, parce qu'il y a un même sang et que c'est toujours celui qui vient de la semence du père, et il noue des liens que la mort elle-même ne délie pas parce que l'amour est plus fort que la mort. Or, si vous vous aimez même après que je vous aurai quittés, tous reconnaîtront que vous êtes mes fils et par conséquent mes disciples et que vous êtes frères entre vous, ayant eu un seul père.” “Seigneur Jésus, mais où vas-tu?” demande Pierre. “Je vais où, pour le moment, tu ne peux me suivre. Mais plus tard tu me suivras.” “Et pourquoi pas maintenant? Je t'ai toujours suivi depuis que tu m'as dit: "Suis-moi". J'ai tout quitté sans regret… Or, si tu t'en allais sans ton pauvre Simon, en me laissant sans Toi, mon Tout, alors que pour Toi j'ai quitté le peu de bien que j'avais, ce ne serait pas juste ni beau de ta part. Tu vas à la mort? C'est bien. Mais moi aussi je viens. Allons ensemble dans l'autre monde. Mais auparavant je t'aurai défendu. Je suis prêt à donner ma vie pour Toi.” “Tu donneras ta vie pour Moi? Maintenant? Maintenant non. En vérité, oh! c'est en vérité que je te le dis: le coq n'aura pas encore chanté que tu m'auras renié trois fois. Maintenant c'est encore la première veille. Puis viendra la seconde… et puis la troisième. Avant que résonne le chant du coq tu auras par trois fois renié ton Seigneur.” “Impossible, Maître ! Je crois à tout ce que tu dis, mais pas à cela. Je suis sûr de moi.” “Maintenant, pour l'instant tu es sûr, mais c'est parce que tu m'as encore. Tu as Dieu avec toi. D'ici peu le Dieu Incarné sera pris et vous ne l'aurez plus. Et Satan, après vous avoir déjà appesantis - ton assurance elle-même est une ruse de Satan, un poids pour t'appesantir - vous effraiera. Il vous insinuera: "Dieu n'existe pas. Moi j'existe". Et pourtant, bien que votre esprit sera aveuglé par l'épouvante, vous raisonnerez encore, et vous comprendrez que quand Satan est le maître du moment, le Bien est mort et le Mal agissant, l'esprit abattu et l'humain triomphant. Alors vous resterez comme des guerriers sans chef, poursuivis par l'ennemi, et dans votre frayeur de vaincus vous courberez l'échine devant le vainqueur, et pour n'être pas tués vous renierez le héros tombé - Mais, je vous en prie, que votre cœur ne se trouble pas. Croyez en Dieu, et croyez aussi en Moi. Croyez en Moi, contre toutes les apparences. Qu'il croie dans ma miséricorde et dans celle du Père aussi bien celui qui reste que celui qui fuit. Aussi bien celui qui se tait que celui qui ouvrira la bouche pour dire: "Je ne le connais pas". Croyez également dans mon pardon. Et croyez que quelles que soient dans l'avenir vos actions, dans le Bien et dans ma Doctrine, dans mon Église par conséquent, elles vous donneront une même place dans le Ciel. Dans la maison de mon Père il y a beaucoup de demeures. S'il n'en était pas ainsi, je vous l'aurais dit. Car je vais en avant, vous préparer une place pour vous. N'agissent-ils pas ainsi les bons pères quand ils doivent amener ailleurs leur petite famille? Ils vont à l'avance préparer la maison, le mobilier, les provisions, et puis ils viennent prendre leurs enfants les plus chers. Ils agissent ainsi par amour, pour que rien ne manque aux petits et qu'ils ne souffrent pas dans le nouveau village. J'agis de même et pour le même motif. Maintenant je m'en vais. Et quand j'aurai préparé une place pour chacun dans la Jérusalem céleste, je viendrai de nouveau, je vous prendrai avec Moi pour que vous soyez avec Moi où je suis, où il n'y aura ni mort, ni deuil, ni larmes, ni cris, ni faim, ni douleur, ni ténèbres, ni feu, mais seulement lumière, paix, béatitude et chant. Oh! chant des Cieux très hauts quand les douze élus seront sur les trônes avec les douze patriarches des douze tribus d'Israël, et chanteront dans l'ardeur du feu de l'amour spirituel, dressés sur la mer des béatitudes, le cantique éternel qui aura pour arpège l'éternel alléluia de l'armée angélique… Je veux que vous soyez là où je serai. Et vous savez où je vais et vous en connaissez le chemin.” “Mais, Seigneur! Nous ne savons rien. Tu ne nous dis pas où tu vas. Comment pouvons-nous savoir le chemin à prendre pour venir vers Toi et pour abréger l'attente?” dit Thomas. “Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Vous me l'avez entendu dire et expliquer plusieurs fois et, en vérité certains, qui ne savaient même pas qu'il existe un Dieu, se sont avancés sur le chemin, sur mon chemin et ont déjà de l'avance sur vous. Oh! où es-tu, brebis perdue de Dieu que j'ai ramenée au bercail? Où es-tu, toi dont l'âme est ressuscitée?” “Qui? De qui parles-tu? De Marie de Lazare? Elle est à côté, avec ta Mère. Tu la veux? Ou bien tu veux Jeanne? Certainement elle est dans son palais, mais si tu veux, nous allons l'appeler…” “Non. Pas elles… Je pense à celle qui ne sera dévoilée que dans le Ciel… et à Fotinaï… Elles m'ont trouvé et n'ont plus quitté mon chemin. À l'une j'ai indiqué le Père comme Dieu vrai et l'Esprit comme lévite dans cette adoration individuelle. À l'autre, qui ne savait même pas qu'elle avait un esprit, j'ai dit: "Mon nom est Sauveur. Je sauve celui qui a bonne volonté de se sauver. Je suis Celui qui cherche ceux qui sont perdus pour leur donner la Vie, la Vérité et la Pureté. Qui me cherche me trouve". Et toutes deux ont trouvé Dieu… Je vous bénis. Eves faibles devenues plus fortes que Judith… Je viens, où vous êtes je viens… Vous me consolez… Soyez bénies!…” “Montre-nous le Père, Seigneur, et nous serons pareilles à elles” dit Philippe. “Depuis si longtemps je suis avec vous, et toi, Philippe, tu ne m'as pas encore connu? Qui me voit mon Père. Comment donc peux-tu dire: "Montre-nous le Père"? Tu n'arrives pas à croire que je suis dans le Père et le Père est en Moi? Les paroles que je vous dis, je ne les dis pas de Moi-même. Mais le Père qui demeure en Moi accomplit toutes mes œuvres, et vous ne croyez pas que je suis dans le Père et Lui est en Moi? Que dois-je dire pour vous faire croire? Mais si vous ne croyez pas aux paroles, croyez au moins aux œuvres. Je vous dis et je vous le dis avec vérité: celui qui croit en Moi fera les œuvres que je fais, et en fera encore de plus grandes, parce que je vais au Père. Et tout ce que vous demanderez au Père en mon nom je le ferai pour que le Père soit glorifié en son Fils. Et je ferai ce que vous me demanderez au nom de mon Nom. Mon Nom est connu, pour ce qu'il est réellement, à Moi seul, au Père qui m'a engendré et à l'Esprit qui procède de notre amour. Et par ce Nom tout est possible. Qui pense, à mon Nom avec amour m'aime, et obtient. Mais il ne suffit pas de m'aimer. Il faut observer mes commandements pour avoir le véritable amour. Ce sont les œuvres qui témoignent des sentiments, et au nom de cet amour, je prierai le Père, et Lui vous donnera un autre Consolateur pour qu'Il reste pour toujours avec vous. Quelqu'un que Satan et le monde ne peuvent atteindre, l'Esprit de Vérité que le monde ne peut recevoir et ne peut frapper, car il ne le voit pas et ne le connaît pas. Il s'en moquera. Mais Lui est si élevé que le mépris ne pourra l'atteindre alors que, compatissant au-delà de toute mesure, Il sera toujours avec celui qui l'aime, même s'il est pauvre et faible. Vous le connaîtrez car Il demeure déjà avec vous et bientôt sera en vous. Je ne vous laisserai pas orphelins. Je vous l'ai déjà dit: "Je reviendrai à vous". Mais je viendrai avant que ce soit l'heure de venir vous prendre pour aller dans mon Royaume. Je viendrai à vous. D'ici peu, le monde ne me verra plus. Mais vous me voyez et vous me verrez parce que je vis et vous vivez, parce que je vivrai et vous aussi vivrez. Ce jour-là, vous saurez que je suis en mon Père, et vous en Moi, et Moi en vous. En effet, celui qui accueille mes préceptes et les observe, celui-là m'aime, et celui qui m'aime sera aimé de mon Père et il possédera Dieu car Dieu est charité et celui qui aime a Dieu en lui. Et je l'aimerai car en lui je verrai Dieu, et je me manifesterai à lui en me faisant connaître dans les secrets de mon amour, de ma sagesse, de ma Divinité Incarnée. Ce seront mes retours parmi les fils de l'homme que j'aime bien qu'ils soient faibles et même ennemis. Mais ceux-ci seront seulement faibles. Et je les fortifierai et je leur dirai: "Lève-toi!", je dirai: "Viens dehors!", je dirai: "Suis-moi", je dirai: "Écoute", je dirai: "Écris"… et vous êtes parmi ceux-ci.” “Pourquoi, Seigneur, te manifestes-tu à nous et pas au monde?” demande Jude Thaddée. “Parce que vous m'aimez et observez mes paroles. Celui qui agira ainsi sera aimé de mon Père et Nous viendrons à lui et Nous établirons notre demeure chez lui, en lui. Alors que celui qui ne m'aime pas n'observe pas mes paroles et agit selon la chair et le monde. Maintenant sachez que ce que je vous ai dit n'est pas parole de Jésus de Nazareth, mais parole du Père parce que Je suis le Verbe du Père qui m'a envoyé. Je vous ai dit ces choses en parlant ainsi, avec vous, parce que je veux vous préparer Moi-même à la possession complète de la Vérité et de la Sagesse. Mais vous ne pouvez encore comprendre et vous souvenir. Pourtant, quand viendra à vous le Consolateur, l'Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, alors vous pourrez comprendre et Lui vous enseignera tout et vous rappellera ce que je vous ai dit. Je vous laisse ma paix. Je vous donne ma paix. Je vous la donne non comme la donne le monde, ni même comme jusqu'à présent je vous l'ai donnée: le salut béni du Béni à ceux qui sont bénis. Plus profonde est la Paix que maintenant je vous donne. En cet adieu, je vous communique Moi-même, mon Esprit de paix, comme je vous ai communiqué mon Corps et mon Sang, pour qu'en vous reste une force dans la bataille imminente. Satan et le monde vont déchaîner la guerre contre votre Jésus. C'est leur heure. Ayez en vous la Paix, mon Esprit qui est un esprit de paix, car je suis le Roi de la Paix. Ayez-la pour ne pas être trop abandonnés. Celui qui souffre avec la paix de Dieu en lui, souffre mais sans blasphème et sans désespoir. Ne pleurez pas. Vous avez bien entendu que j'ai dit: "Je vais au Père et puis je reviendrai". Si vous m'aimiez au-delà de la chair vous vous réjouiriez, car je vais au Père après un si long exil… Je vais vers Celui qui est plus grand que Moi et qui m'aime. Je vous l'ai dit maintenant, avant que cela s'accomplisse, comme je vous ai dit toutes les souffrances du Rédempteur avant d'aller vers elles afin que, quand tout sera accompli, vous croyiez toujours plus en Moi. Ne vous troublez pas ainsi! Ne vous effrayez pas. Votre cœur a besoin d'équilibre… Je n'ai plus que peu à vous parler… et j'ai encore tant à dire! Arrivé au terme de mon évangélisation, il me semble n'avoir encore rien dit et tant, tant, tant il reste encore à faire. Votre état augmente cette sensation. Et que dirai-je, alors? Que j'ai manqué à mon devoir? Ou que vous êtes si durs de cœur que cela n'a servi à rien? Vais-je douter? Non. Je me fie à Dieu et je vous confie à Lui vous, mes bien-aimés. Lui accomplira l'œuvre de son Verbe. Je ne suis pas comme un père qui meurt et n'a d'autre lumière que l'humaine. J'espère en Dieu., Et même en sentant en Moi se presser tous les conseils dont je vois que vous avez besoin et en voyant fuir le temps, je vais tranquille vers mon sort. Je sais que sur les semences tombées en vous, va descendre une rosée qui les fera toutes germer, et puis viendra le soleil du Paraclet, et elles deviendront un arbre puissant. Il va venir le prince de ce monde, avec qui je n'ai rien à faire. Et, si ce n'avait été dans un but de rédemption, il n'aurait rien pu sur Moi. Mais cela arrive afin que le monde sache que j'aime le Père et que je l'aime jusqu'à l'obéissance qui me soumet à la mort et que je fais ce qu'Il m'a ordonné. C'est l'heure de partir. Levez-vous, et écoutez les ultimes paroles. Je suis la vraie Vigne et c'est mon Père qui la cultive. Tout sarment qui ne porte pas de fruit Lui le coupe et celui qui porte du fruit Il le taille pour qu'il en porte encore plus. Vous êtes déjà purifiés par ma parole. Demeurez en Moi et Moi en vous pour continuer à être tels. Le sarment détaché de la vigne ne peut faire de fruit. Il en est ainsi pour vous si vous ne restez pas en Moi. Je suis la Vigne et vous les sarments. Celui qui reste uni à Moi porte des fruits abondants. Mais si l'un se détache, il devient un rameau sec que l'on jette au feu et que l'on brûle, car sans l'union avec Moi, vous ne pouvez rien faire. Restez donc en Moi, et que mes paroles restent en vous, puis demandez ce que vous voulez et cela vous sera fait. Mon Père sera toujours d'autant plus glorifié que vous porterez davantage de fruit et que vous serez davantage mes disciples. Comme le Père m'a aimé, il en est de même pour Moi avec vous. Demeurez dans mon amour qui sauve. En m'aimant vous serez obéissants, et l'obéissance fait croître l'amour réciproque. Ne dites pas que je me répète. Je connais votre faiblesse, et je veux que vous vous sauviez. Je vous ai dit ces choses pour que la joie que j'ai voulu vous donner soit en vous et soit complète. Aimez-vous, aimez-vous! C'est mon nouveau commandement. Aimez-vous réciproquement plus que chacun de vous ne s'aime lui-même. Il n'y a pas de plus grand amour que celui de qui donne sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis et Moi, je donne ma vie pour vous. Faites ce que je vous enseigne et commande. Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître, alors que vous, vous savez ce que je fais. Vous savez tout de Moi. Je vous ai manifesté non seulement Moi-même, mais aussi le Père et le Paraclet, et tout ce que j'ai entendu de Dieu. Ce n'est pas vous qui vous êtes choisis. Mais c'est Moi qui vous ai choisis et je vous ai élus pour que vous alliez parmi les peuples et que vous fassiez du fruit en vous et dans les cœurs de ceux qui seront évangélisés, et que votre fruit demeure, et que le Père vous donne tout ce que vous demanderez en mon nom. Ne dites pas: "Et alors si tu nous as choisis, pourquoi as-tu choisi un traître? Si tu connais tout, pourquoi as-tu fait cela?" Ne vous demandez pas non plus qui est celui-là. Ce n'est pas un homme, c'est Satan. Je l'ai dit à l'ami fidèle et je l'ai laissé dire par le fils aimé. C'est Satan. Si Satan ne s'était pas incarné, l'éternel singe de Dieu, en une chair mortelle, ce possédé n'aurait pas pu se soustraire à mon pouvoir de Jésus. J'ai dit: "possédé". Non. Il est beaucoup plus: il est anéanti en Satan.” “Pourquoi, Toi qui as chassé les démons, ne l'as-tu pas délivré?” demande Jacques d'Alphée. “Le demandes-tu par amour pour toi, craignant de l'être? Ne le crains pas.” “Moi alors?” “Moi?” “Moi?” “Taisez-vous. Je ne dis pas ce nom. J'use de miséricorde, et vous, faites la même chose.” “Mais pourquoi ne l'as-tu pas vaincu? Tu ne le pouvais pas?” “Je le pouvais. Mais pour empêcher Satan de s'incarner pour me tuer, j'aurais dû exterminer la race humaine avant la Rédemption. Qu'aurais-je racheté alors?” “Dis-le-moi, Seigneur, dis-le-moi!” Pierre s'est glissé à genoux et secoue Jésus avec frénésie, comme s'il était en proie au délire. “Est-ce moi? Est-ce moi? Je m'examine? Il ne me semble pas. Mais Toi… Tu as dit que je te renierai… Et je tremble… Oh! quelle horreur si c'était moi!…” “Non, Simon de Jonas, pas toi.” “Pourquoi m'as-tu enlevé mon nom de "Pierre"? Je suis donc redevenu Simon? Tu le vois? Tu le dis!… C'est moi! Mais comment ai-je pu? Dites-le… dites-le vous… Quand est-ce que j'ai pu devenir traître?… Simon?… Jean?… Mais parlez!…” “Pierre, Pierre, Pierre! Je t'appelle Simon parce que je pense à notre première rencontre quand tu étais Simon. Et je pense comment tu as toujours été loyal dès le premier moment. Ce n'est pas toi. Je te le dis Moi: Vérité.” “Qui alors?” “Mais c'est Judas de Kériot! Tu ne l'as pas encore compris?” crie le Thaddée qui n'arrive plus à se contenir. “Pourquoi ne me l'as-tu pas dit avant? Pourquoi?” crie aussi Pierre. “Silence. C'est Satan. Il n'a pas d'autre nom. Où vas-tu, Pierre?” “Le chercher.” “Dépose tout de suite ce manteau et cette arme. Ou bien je dois te chasser et te maudire?” “Non, non! Oh! mon Seigneur! Mais moi… mais moi… Je suis peut-être malade de délire, moi? Oh! Oh!” Pierre pleure après s'être jeté par terre aux pieds de Jésus. “Je vous donne le commandement de vous aimer et de pardonner. Avez-vous compris? Si dans le monde il y a aussi la haine, qu'en vous il n'y ait que l'amour. Pour tous. Combien de traîtres vous trouverez sur votre route! Mais vous ne devez pas haïr et rendre le mal pour le mal. Autrement le Père vous haïra. Avant vous, j'ai été haï et trahi, Moi. Et pourtant, vous le voyez, je ne hais pas. Le monde ne peut aimer ce qui n'est pas comme lui. Il ne vous aimera donc pas. Si vous lui apparteniez il vous aimerait, mais vous n'êtes pas du monde, car je vous ai pris du milieu du monde, et c'est pour cela que vous êtes haïs. Je vous ai dit: le serviteur n'est pas plus que le maître. S'ils m'ont persécuté, ils vous persécuteront vous aussi. S'ils m'ont écouté, ils vous écouteront vous aussi. Mais ils feront tout à cause de mon nom parce qu'ils ne connaissent pas, ne veulent pas connaître Celui qui m'a envoyé. Si je n'étais pas venu et si je n'avais pas parlé, ils ne seraient pas coupables, mais maintenant leur péché est sans excuse. Ils ont vu mes œuvres, entendu mes paroles, et pourtant ils m'ont haï, et avec Moi le Père, parce que le Père et Moi, nous sommes une seule Unité avec l'Amour. Mais il était écrit: "Tu m'as haï sans raison". Cependant quand sera venu le Consolateur, l'Esprit de vérité qui procède du Père, ce sera Lui qui rendra témoignage de Moi, et vous aussi, vous me rendrez témoignage parce que dès le début vous avez été avec Moi. Ceci je vous le dis pour que, quand ce sera l'heure, vous ne soyez pas abattus et scandalisés. Il va venir le temps où ils vous chasseront des synagogues et où celui qui vous tuera pensera rendre ainsi un culte à Dieu. Ils n'ont connu ni le Père ni Moi. C'est là leur excuse. Je ne vous ai pas dit ces choses en les développant autant avant maintenant, parce que vous étiez comme des enfants à peine nés. Mais maintenant la mère vous quitte. Je m'en vais. Vous devez vous accoutumer à une autre nourriture. Je veux que vous la connaissiez. Personne ne me demande plus: "Où vas-tu?" La tristesse vous rend muets. Et pourtant, c'est un bien pour vous aussi que je m'en aille, autrement le Consolateur ne viendra pas. C'est Moi qui vous l'enverrai. Et quand Il sera venu, par le moyen de la sagesse et de la parole, les œuvres et l'héroïsme qu'Il versera en vous, Il convaincra le monde de son péché déicide et de la justice de ma sainteté. Et le monde sera nettement divisé en réprouvés, ennemis de Dieu, et en croyants. Ces derniers seront plus ou moins saints, selon leur volonté. Mais le jugement du prince du monde et de ses serviteurs sera fait. Je ne puis vous en dire davantage car vous ne pouvez encore comprendre. Mais Lui, le Divin Paraclet, vous donnera la Vérité entière car Il ne parlera pas de Lui-même, mais Il dira tout ce qu'Il aura entendu de l'esprit de Dieu et Il vous annoncera l'avenir. Il prendra ce qui vient de Moi, c'est-à-dire de ce qui encore appartient au Père, et vous le dira. Encore un peu de temps pour se voir, ensuite vous ne me verrez plus. Et ensuite encore un peu de temps, et puis vous me verrez. Vous murmurez entre vous et dans votre cœur. Écoutez une parabole. La dernière de votre Maître. Quand une femme a conçu et arrive à l'heure de l'enfantement, elle est dans une grande affliction car elle souffre et gémit. Mais quand son petit enfant est venu au jour, et qu'elle le serre sur son cœur, toute peine cesse et la tristesse se change en joie parce qu'un homme est venu au monde. Ainsi pour vous. Vous pleurerez et le monde rira de vous, mais ensuite votre tristesse se changera en joie. Une joie que le monde ne connaîtra jamais. Vous êtes tristes maintenant, mais quand vous me reverrez, votre cœur deviendra plein d'une joie que personne n'aura plus le pouvoir de vous ravir. Une joie tellement pleine qu'elle estompera tout besoin de demander à la fois pour l'esprit et pour le cœur et pour la chair. Vous vous repaîtrez seulement de ma vue, oubliant toute autre chose. Mais justement, à partir de ce moment-là vous pourrez tout demander en mon nom, et cela vous sera donné par le Père pour que vous ayez toujours plus de joie. Demandez, demandez. Et vous recevrez. L'heure vient où je pourrai vous parler ouvertement du Père. Ce sera parce que vous aurez été fidèles dans l'épreuve et tout sera surmonté. Votre amour sera parfait du fait qu'il vous aura donné la force dans l'épreuve. Et ce qui vous manquera, je vous l'ajouterai en le prenant de mon immense trésor et en disant: "Père, tu le vois. Ils m'ont aimé en croyant que je suis venu de Toi". Descendu dans le monde, maintenant je le quitte et je vais au Père, et je prierai pour vous.” “Oh! maintenant, tu t'expliques. Maintenant nous savons ce que tu veux dire et que tu sais tout et que tu réponds sans que personne t'interroge. Vraiment tu viens de Dieu!” “Vous croyez maintenant? À la dernière heure? Cela fait trois ans que je vous parle! Mais déjà en vous opère le Pain qui est Dieu et le Vin qui est Sang qui n'est pas venu de l'homme et vous donne le premier frisson de la déification. Vous deviendrez des dieux si vous persévérez dans mon amour et dans ma possession. Non pas comme l'a dit Satan à Adam et Eve, mais comme je vous le dis. C'est le vrai fruit de l'arbre du Bien et de la Vie. Le Mal est vaincu en qui s'en nourrit, et la Mort est morte. Qui en mange vivra éternellement et deviendra "dieu" dans le Royaume de Dieu. Vous serez des dieux si vous restez en Moi. Et pourtant voilà… bien qu'ayant en vous ce Pain et ce Sang, puisque arrive l'heure où vous serez dispersés, vous vous en irez pour votre compte et vous me laisserez seul… Mais je ne suis pas seul. J'ai le Père avec Moi. Père, Père! Ne m'abandonne pas! Je vous ai tout dit… Pour vous donner la paix, ma paix. Vous serez encore opprimés. Mais ayez foi. J'ai vaincu le monde.” Jésus se lève, ouvre les bras en croix et dit avec un visage lumineux la sublime prière au Père. Jean la rapporte intégralement. Les apôtres pleurent plus ou moins ouvertement et bruyamment. Pour finir, ils chantent un hymne. Jésus les bénit, puis il ordonne: “Mettons nos manteaux maintenant et partons. André, dis au chef de maison de laisser tout ainsi, par ma volonté. Demain… cela vous fera plaisir de revoir ce lieu.” Jésus le regarde. Il paraît bénir les murs, le mobilier, tout. Puis il prend son manteau et s'éloigne, suivi des disciples. Près de Lui se trouve Jean auquel il s'appuie. “Tu ne salues pas la Mère?” Lui demande le fils de Zébédée. “Non. Tout est déjà fait. Ne faites pas de bruit.” Simon, qui a allumé une torche à la lampe, éclaire le vaste corridor qui va à la porte. Pierre ouvre avec précaution le portail et ils sortent tous sur le chemin et puis, faisant jouer une clef, ils ferment du dehors et ils se mettent en route.
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

Dimanche 18 mars 2018, Premier Dimanche de la Passion

Évangile de Jésus-Christ selon saint Jean 8,46-59.
En ce temps-là, Jésus disait à la foule des Juifs : Qui de vous me convaincra de péché ? Si je vous dis la vérité, pourquoi ne me croyez-vous pas ?
Celui qui est de Dieu entend la parole de Dieu ; c'est parce que vous n'êtes pas de Dieu que vous ne l'entendez pas."
Les Juifs lui répondirent : "N'avons-nous pas raison de dire que vous êtes un Samaritain et que vous êtes possédé du démon ?"
Jésus répondit : "Il n'y a point en moi de démon ; mais j'honore mon Père, et vous, vous m'outragez.
Pour moi, je n'ai point souci de ma gloire : il est quelqu'un qui en prend soin et qui fera justice.
En vérité, en vérité, je vous le dis, si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort."
Les Juifs lui dirent : "Nous voyons maintenant qu'un démon est en vous. Abraham est mort, les prophètes aussi, et vous, vous dites : Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra jamais la mort.
Etes-vous plus grand que notre père Abraham, qui est mort? Les Prophètes aussi sont morts ; qui prétendez-vous être?"
Jésus répondit : "Si je me glorifie moi-même, ma gloire n'est rien ; c'est mon Père qui me glorifie, lui dont vous dites qu'il est votre Dieu ;
Et pourtant vous ne le connaissez pas ; mais moi, je le connais ; et si je disais que je ne le connais pas, je serais menteur comme vous. Mais je le connais et je garde sa parole.
Abraham votre père, a tressailli de joie de ce qu'il devait voir mon jour ; il l'a vu, et il s'est réjoui."
Les Juifs lui dirent : "Vous n'avez pas encore cinquante ans, et vous avez vu Abraham ?"
Jésus leur répondit : "En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu'Abraham fut, je suis."
Alors ils prirent des pierres pour les lui jeter ; mais Jésus se cacha, et sortit du temple.
Extrait de la Traduction de l'évangile selon le missel catholique Romain Tridentin.
Correspondance dans "L’évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta
  • Traduction de 2017 : Tome 8, Ch 507
  • Ancienne traduction :  Tome 7, Ch 204, p 305       (CD 7 (2ème cd), piste 12)
Jésus rentre au Temple avec les apôtres et les disciples. Et certains apôtres, et non seulement des apôtres, Lui font remarquer qu'il est imprudent de le faire. Mais Lui répond: “De quel droit pourrait-on me refuser l'entrée? Suis-je condamné, par hasard? Non, pour le moment je ne le suis pas encore. Je monte donc vers l'autel de Dieu comme tout israélite qui craint le Seigneur.”
“Mais tu as l'intention de parler…”
“Et n'est-ce pas l'endroit où d'ordinaire les rabbis se réunissent pour parler? C'est l'exception d'être en dehors d'ici pour parler et enseigner et cela peut correspondre au repos que prend un rabbi ou à une nécessité personnelle, mais c'est ici l'endroit où chacun aime à faire l'école aux disciples. Ne voyez-vous pas autour des rabbis des gens de toutes nationalités qui s'approchent pour entendre au moins une fois les célèbres rabbis? Si ce n'est pour pouvoir dire en revenant au pays natal: "Nous avons entendu un maître, un philosophe parler à la manière d'Israël". Maître, pour ceux qui déjà sont hébreux ou tendent à l'être; philosophe, pour les gentils proprement dits. Et les rabbis ne dédaignent pas d'être écoutés par ces derniers, espérant en faire des prosélytes. Sans cette espérance qui, si elle était humble serait sainte, ils ne se tiendraient pas dans la Cour des Païens, mais exigeraient de parler dans la Cour des Hébreux et, si possible, dans le Saint lui-même, car d'après le jugement qu'ils portent sur eux-mêmes, ils sont tellement saints que Dieu seul leur est supérieur… Et Moi, qui suis Maître, je parle où parlent les maîtres. Mais ne craignez pas! Ce n'est pas encore leur moment. Quand ce sera leur moment, je vous le dirai, pour que vous fortifiez votre cœur.”
“Tu ne le diras pas” dit l'Iscariote.
“Pourquoi?”
“Parce que tu ne pourras pas le savoir. Aucun signe ne te l'indiquera. Il n'y a pas de signe. Cela fait presque trois ans que je suis avec Toi et je t'ai toujours vu menacé et persécuté. Et même alors tu étais seul. Maintenant, tu as derrière toi le peuple qui t'aime et que les pharisiens craignent. Tu es donc plus fort. Qu'est-ce qui peut t'indiquer le moment?”
“C'est que je vois dans le cœur des hommes.”
Judas reste un instant interdit, puis il dit: “Et tu ne le diras pas aussi parce que… Tu nous épargnes en doutant de notre courage.”
“C'est pour ne pas nous affliger qu'il se tait” dit Jacques de Zébédée.
“Cela aussi, mais certainement tu ne le diras pas.”
“Je vous le dirai. Et tant que je ne vous le dirai pas, quelque soit la violence et la haine que vous verrez contre Moi, n'en soyez pas épouvantés. Elles n'ont pas de conséquences. Allez en avant. Je reste ici à attendre Manaën et Margziam.”
A contrecœur les douze et ceux qui sont avec eux vont en avant.
Jésus revient vers la porte attendre les deux, et même il sort dans la rue et tourne vers l'Antonia.
Des légionnaires, arrêtés près de la forteresse, se le montrent du doigt et parlent entre eux. Il semble qu'il y ait comme un peu de discussion, puis l'un d'eux dit à haute voix: “Je le Lui demande” et il se détache pour venir vers Jésus.
“Salut, Maître. Parles-tu aussi aujourd'hui à l'intérieur?”
“Que la Lumière t'éclaire. Oui, je parlerai.”
“Alors… prends garde à Toi. Quelqu'un qui est au courant nous a avertis, et quelqu'une qui t'admire a commandé de veiller. Nous serons près du souterrain du côté de l'orient. En connais-tu l'entrée?”
“Je ne l'ignore pas, mais il est fermé aux deux bouts.”
“Tu le crois?” Le légionnaire rit un instant et dans l'ombre de son casque, ses yeux et ses dents brillent, le rendant plus jeune. Puis il salue en se raidissant: “Salut, Maître. Souviens-toi de Quintus Félix.”
“Je m'en souviendrai. Que la Lumière t'éclaire.”
Jésus se remet en route et le légionnaire retourne là où il était et il parle avec ses camarades.
“Maîtres, nous avons tardé? Il y avait tant de lépreux!” disent en même temps Manaën, vêtu simplement de marron foncé, et Margziam.
“Non. Vous avez eu vite fait. Allons pourtant, les autres nous attendent. Manaën, est-ce toi qui as avisé les romains?”
“De quoi, Seigneur? Je n'ai parlé avec personne. Et je ne saurais… Les romaines ne sont pas à Jérusalem.”
Ils sont de nouveau près de la porte d'enceinte. Comme s'il s'y trouvait par hasard, le lévite Zacharie est là.
“Paix à toi, Maître. Je veux te dire… J'essaierai d'être toujours où tu es, ici à l'intérieur. Et Toi, ne me perds pas de vue. Et s'il y a du tumulte et que tu vois que je m'en vais, cherche toujours à me suivre. Ils te haïssent tant! Je ne puis faire davantage… Comprends-moi…”
“Que Dieu te récompense et te bénisse pour la pitié que tu as pour son Verbe. Je ferai ce que tu dis, et ne crains pas que personne sache ton amour pour Moi.”
Ils se séparent.
“C'est peut-être lui qui a parlé aux romains. Comme il est à l'intérieur, il aura su…” murmure Manaën.
Ils vont prier en passant à travers les gens qui les regardent avec des sentiments divers et qui se réunissent ensuite à Jésus quand, une fois la prière finie, il revient de la Cour des Hébreux.
Hors de la seconde enceinte, Jésus va s'arrêter, mais il se trouve entouré par un groupe mélangé de scribes, pharisiens et prêtres. Un des magistrats du Temple parle au nom de tous.
“Tu es encore ici? Tu ne comprends pas que nous ne voulons pas de Toi? Ne crains-tu même pas le danger qui ici te menace? Va-t'en. C'est déjà beaucoup que nous te laissions entrer pour prier. Nous ne te permettons pas d'enseigner tes doctrines.”
“Oui. Va-t'en. Va-t'en, blasphémateur!”
“Oui. Je m'en vais, comme vous le voulez. Et non seulement hors de ces murs. Je partirai, Je suis déjà en train de partir, plus loin où vous ne pourrez plus me rejoindre, et il viendra des heures où vous me chercherez vous aussi, et non plus seulement pour me persécuter, mais aussi par une terreur superstitieuse d'être frappés pour m'avoir chassé, par une anxiété superstitieuse d'être pardonnés de votre péché pour obtenir miséricorde. Mais, je vous le dis: c'est l'heure de la miséricorde. C'est l'heure de se rendre ami le Très-Haut. Une fois qu'elle sera passée, tout abri sera inutile. Vous ne m'aurez plus et vous mourrez dans votre péché. Même si vous parcouriez toute la Terre, et que vous réussissiez à rejoindre les astres et les planètes, vous ne me trouveriez plus, car là où je vais vous ne pouvez venir. Je vous l'ai déjà dit: Dieu vient et Il passe. Celui qui est sage l'accueille avec ses dons à son passage. Celui qui est sot le laisse aller et ne le retrouve jamais plus. Vous êtes d'ici-bas; Moi, je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde; Moi, je ne suis pas de ce monde. Aussi, une fois que je suis revenu dans la Demeure de mon Père, hors de ce monde qui est le vôtre, vous ne me trouverez plus et vous mourrez dans vos péchés car vous ne saurez même pas me rejoindre spirituellement par la foi.”
“Tu veux te tuer, satan? Certainement qu'alors dans l'Enfer où descendent les violents, nous ne pourrons venir te rejoindre, car l'Enfer appartient aux damnés, aux maudits, et no. us nous sommes les enfants bénis du Très-Haut” disent certains.
Et d'autres approuvent en disant: “Certainement il veut se tuer, car il dit que là où il va, nous ne pouvons aller. Il comprend qu'il est découvert et qu'il a manqué son coup, et il se supprime sans attendre d'être supprimé comme l'autre galiléen, faux Christ.”
Et d'autres, bienveillants: “Et si, au contraire, il était vraiment le Christ et s'il retournait vraiment à Celui qui l'a envoyé?”
“Où? Au Ciel? Abraham n'y est pas, et tu veux que Lui y aille? Auparavant le Messie doit venir,”
“Mais Élie a été enlevé au Ciel sur un char de feu.”
“Sur un char, oui. Mais au Ciel!… Qui l'assure?”
Et le débat dure alors que les pharisiens, les scribes, les magistrats, les prêtres, les juifs asservis aux prêtres, aux scribes, aux pharisiens, harcèlent le Christ à travers les vastes portiques comme une meute de chiens harcèle le gibier qu'elle a découvert.
Mais certains, les bons au sein de la masse hostile, ceux qui sont vraiment conduits par un désir honnête, se fraient un passage pour rejoindre Jésus et Lui posent l'anxieuse question que déjà j'ai tant de fois entendue poser avec amour ou avec haine: “Qui es-tu? Dis-le pour que nous sachions nous conduire. Dis la vérité, au nom du Très-Haut!”
“Je suis la Vérité même et je n'use jamais du mensonge. Je suis Celui que je vous ai toujours déclaré être dès le premier jour que j'ai parlé aux foules, dans tous les lieux de la Palestine, ce que j'ai dit être ici, plusieurs fois, près du Saint des Saints dont je ne crains pas les foudres parce que je dis la vérité. J'ai encore beaucoup de choses à dire et à juger pendant mon jour et en ce qui concerne ce peuple, et bien que le soir paraisse déjà proche pour Moi, je sais que je les dirai et que je jugerai tout le monde, car c'est ce que m'a promis Celui qui m'a envoyé et qui est véridique. Il a parlé avec Moi dans un éternel embrassement d'amour, en me disant toute sa Pensée pour que Moi, je puisse la dire au monde par ma Parole, et je ne pourrai me taire et personne ne pourra me faire taire jusqu'à ce que j'aie annoncé au monde tout ce que j'ai entendu de mon Père.”
“Et tu blasphèmes encore? Et tu continues à te dire Fils de Dieu? Mais qui veux-tu qu'il te croie? Qui veux-tu qu'il voie en Toi le Fils de Dieu?” Lui disent avec force gestes ses ennemis, avec leurs poings presque sur son visage, devenus fous de haine.
Les apôtres, les disciples et des gens bien intentionnés les repoussent, en faisant une sorte de barrage pour protéger le Maître.
Le lévite Zacharie se faufile tout doucement en calculant ses mouvements pour ne pas attirer l'attention des énergumènes jusqu'à Jésus, à côté de Manaën et des deux fils d'Alphée.
Ils sont maintenant au bout du Portique des Païens parce que la marche est lente entre les courants contraires et Jésus s'arrête à sa place habituelle à la dernière colonne du côté oriental. Il s'arrête. Du lieu où ils se trouvent, les païens même ne peuvent chasser un véritable israélite sans exciter la foule, chose que sournoisement ils évitent de faire. Et de là il reprend son discours pour répondre à ceux qui l'offensent, et avec eux à tout le monde: “Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme…”
Les pharisiens et les scribes s'écrient: “Et qui veux-tu qui t'élève? Misérable pays qui a pour roi un bavard fou et un blasphémateur honni de Dieu. Personne de nous ne t'élèvera, sois-en certain. Et le peu de lumière qui te reste te l'a fait comprendre à temps quand on t'a mis à l'épreuve. Tu sais bien que nous ne pourrons jamais faire de Toi notre roi!”
“Je le sais. Vous ne m'élèverez pas sur un trône, et pourtant vous m'élèverez. Et vous croirez m'abaisser en m'élevant. Mais c'est justement quand vous croirez m'avoir abaissé que je serai élevé. Non seulement sur la Palestine, non seulement sur l'ensemble d'Israël répandu dans le monde, mais sur le monde entier, et jusque sur les nations païennes, jusque sur les lieux qu'ignorent encore les savants du monde. Et je le serai non pas pour la durée d'une vie d'homme, mais pour toute la durée de la vie de la Terre, et l'ombre du pavillon de mon trône s'étendra toujours plus sur la Terre jusqu'à la couvrir toute entière. C'est seulement alors que je reviendrai et que vous nie verrez. Oh! vous me verrez!”
“Mais écoutez ces discours de fou! Nous l'élèverons en l'abaissant, et nous l'abaisserons en l'élevant! Un fou! Un fou! Et l'ombre de son trône sur toute la Terre! Plus grand que Cyrus! Qu'Alexandre! Que César! Où le mets-tu César? Crois-tu qu'il te laisse prendre l'empire de Rome? Et il restera sur le trône pour toute la durée du monde! Ha! Ha! Ha!” Leur ironie est plus cinglante qu'un fouet.
Mais Jésus les laisse dire. Il élève la voix pour être entendu dans la clameur de ceux qui se moquent de Lui et de ceux qui le défendent, et qui remplit le lieu comme la rumeur d'une mer en courroux.
“Quand vous aurez élevé le Fils de l'homme, alors vous comprendrez qui je suis et que je ne fais rien de Moi-même, mais que je dis ce que mon Père m'a enseigné et que je fais ce qu'Il veut. Et Celui qui ni la envoyé ne me laisse pas seul, mais Il est avec Moi. Comme l'ombre suit le corps, de même, derrière Moi, veillant, présent, bien qu'invisible, est le Père. Il est derrière Moi et Il me réconforte et m'aide et Il ne s'éloigne pas parce que je fais toujours ce qui Lui plaît. Dieu s'éloigne au contraire quand ses enfants n'obéissent pas à ses lois et à ses inspirations. Alors Il s'en va et les laisse seuls. C'est à cause de cela que beaucoup pèchent en Israël. Car l'homme laissé à lui-même a du mal à se garder juste et il tombe facilement dans les spires du Serpent. Et en vérité, en vérité je vous dis qu'à cause de votre péché de résistance à la Lumière et à la Miséricorde de Dieu, Dieu s'éloigne de vous et Il laissera vide de Lui-même ce lieu et vos cœurs, et ce qu'a pleuré Jérémie dans ses prophéties et les lamentations s'accomplira exactement. Méditez ces paroles prophétiques, tremblez et rentrez en vous-mêmes avec un bon esprit. Écoutez non pas les menaces, mais encore la bonté du Père qui avertit ses enfants alors qu'il leur est encore permis de réparer et de se sauver. Écoutez Dieu dans les paroles et dans les faits, et si vous ne voulez pas croire à mes paroles, parce que le vieil Israël vous étouffe, croyez au moins au vieil Israël. En lui, les prophètes crient les dangers et les malheurs de la Cité Sainte et de notre Patrie toute entière si elle ne se tourne pas vers le Seigneur son Dieu et si elle ne suit pas le Sauveur. Sur ce peuple a déjà pesé la main de Dieu dans les siècles passés, mais le passé comme le présent ne sera rien par rapport à l'avenir redoutable qui l'attend pour n'avoir pas voulu accueillir l'Envoyé de Dieu. Ce n'est comparable ni en rigueur ni en durée ce qui attend Israël qui répudie le Christ. C'est Moi qui vous le dis, en plongeant mon regard dans les siècles: comme un arbre brisé et jeté dans les tourbillons d'un fleuve
impétueux, ainsi sera la race hébraïque frappée par l'anathème divin. Avec ténacité, elle cherchera à se fixer sur les rives en tel ou tel point, et vigoureuse comme elle l'est, elle jettera des rejetons et des racines. Mais quand elle croira s'être fixée à demeure, elle sera reprise par la violence du courant qui l'arrachera encore, brisera ses racines et ses surgeons, et elle ira plus loin souffrir, s'accrocher pour être de nouveau arrachée et dispersée. Et rien ne pourra lui donner la paix, car le courant qui la poursuit sera la colère de Dieu et le mépris des peuples. Ce n'est qu'en se jetant dans une mer de Sang vivant et sanctifiant qu'elle pourrait trouver la paix, mais elle fuira ce Sang bien qu'il l'invitera encore, parce qu'il lui semblera qu'il a la voix du sang d'Abel, qui l'appelle, elle Caïn de l'Abel céleste.”
Un autre vaste bruit se propage dans l'enceinte comme le bruit de la marée, mais il manque dans ce bruit les voix âpres des pharisiens et des scribes, et des juifs qui leur sont attachés.
Jésus en profite pour essayer de s'en aller, mais certains qui étaient loin s'approchent de Lui et Lui disent: “Maître, écoute-nous. Nous ne sommes pas tous comme eux (et ils indiquent les ennemis), mais pourtant nous avons du mal à te suivre même parce que ta voix est seule contre cent et mille qui disent le contraire de ce que tu dis, et les choses qu'ils disent eux, ce sont celles que nous avons entendues de nos pères dès notre enfance. Cependant tes paroles nous entraînent à croire. Mais comment faire pour croire complètement et avoir la vie? Nous sommes comme liés par la pensée du passé…”
“Si vous vous attachez à ma Parole, ce sera comme une nouvelle naissance, vous croirez complètement et deviendrez mes disciples. Mais il faut que vous vous dépouilliez du passé et que vous acceptiez ma Doctrine. Elle n'efface pas tout le passé. Au contraire, elle maintient et revigore ce qui est saint et surnaturel dans le passé et enlève le superflu humain en mettant la perfection de ma Doctrine là où étaient les doctrines humaines toujours imparfaites. Si vous venez à Moi, vous connaîtrez la Vérité, et la Vérité vous rendra libres.”
“Maître, c'est vrai que nous t'avons dit que nous sommes comme liés par le passé, mais ce lien n'est pas une prison ni un esclavage. Nous sommes la postérité d'Abraham dans les choses de l'esprit. En effet, si nous ne sommes pas dans l'erreur, on dit postérité d'Abraham pour dire postérité spirituelle par opposition à celle d'Agar qui est une postérité d'esclaves. Comment donc peux-tu dire que nous deviendrons libres?”
“La postérité d'Abraham, c'était aussi Ismaël et ses enfants, je vous le fais remarquer, car Abraham était le père d'Isaac et d'Ismaël.”
“Mais postérité impure car c'était le fils d'une femme esclave et égyptienne.”
“En vérité, en vérité je vous dis qu'il n'y a qu'un esclavage: celui du péché. Seul celui qui commet le péché est un esclave et d'une servitude qu'aucune somme d'argent ne rachète, et envers un maître inexorable et cruel, et il perd tout droit à la libre souveraineté dans le Royaume des Cieux. L'esclave, l'homme que la guerre ou des malheurs ont rendu esclave, peut tomber aussi en possession d'un bon maître, mais sa bonne situation est toujours précaire car son maître peut le vendre à un maître cruel. Il est une marchandise et rien de plus. Parfois on s'en sert même comme d'argent pour payer une dette. Et il n'a même pas le droit de pleurer. Le serviteur, au contraire, vit dans la maison du maître jusqu'à ce que cependant il soit congédié. Mais le fils reste toujours dans la maison du père et le père ne pense pas à le chasser, c'est seulement par sa libre volonté qu'il peut en sortir. Et en cela réside la différence entre esclavage et service, et entre service et filiation. L'esclavage met l'homme dans les chaînes, le service le met à la disposition d'un maître, la filiation le place pour toujours et avec parité de vie dans la maison du père. L'esclavage annihile l'homme, le service le rend sujet, la filiation le rend libre et heureux. Le péché rend esclave, et sans fin, du maître le plus cruel: Satan. Le service, dans ce cas l'Ancienne Loi, rend l'homme craintif à l'égard de Dieu comme d'un Être intransigeant. La filiation, c'est-à-dire le fait de venir à Dieu avec son Premier-Né, avec Moi, rend l'homme libre et heureux car il connaît son Père et il a confiance dans sa charité. Recevoir ma Doctrine, c'est venir à Dieu avec Moi, PREMIER-NÉ de nombreux fils aimés. Je briserai vos chaînes pourvu que vous veniez à Moi pour que je les brise et vous serez vraiment libres et cohéritiers avec Moi du Royaume des Cieux. Je le sais que vous êtes la postérité d'Abraham. Mais ceux d'entre vous qui cherchent à me faire mourir n'honorent plus Abraham mais Satan, et le servent en esclaves fidèles. Pourquoi? Parce qu'ils repoussent ma parole et elle ne peut pénétrer en beaucoup d'entre vous. Dieu ne violente pas l'homme pour l'obliger à croire, Il ne le violente pas pour l'obliger à m'accepter, mais Il m'envoie pour que je vous indique sa volonté. Et Moi, je vous dis ce que j'ai vu et entendu auprès de mon Père et je fais ce qu'Il veut. Mais ceux d'entre vous qui me persécutent font ce qu'ils ont appris de leur père et ce qu'il leur suggère.”
Comme un paroxysme qui revient après une rémission dans une maladie, la colère des juifs, pharisiens et scribes, qui semblait un peu calmée, se réveille avec violence. Ils pénètrent comme un coin dans le cercle compact qui enserre Jésus et ils cherchent à l'approcher. Dans la foule, c'est un mouvement de vagues contraires comme sont contraires les sentiments des cœurs. Les juifs, livides de colère et de haine, crient: “Notre père c'est Abraham. Nous n'en avons pas d'autre.”
“Le Père des hommes, c'est Dieu. Abraham lui-même est fils du Père universel. Mais beaucoup répudient le vrai Père pour quelqu'un qui n'est pas père mais qu'ils choisissent comme tel parce qu'il semble plus puissant et disposé à contenter leurs désirs immodérés. Les fils font les œuvres qu'ils voient faire à leur père. Si vous êtes les fils d'Abraham, pourquoi ne faites-vous pas les œuvres d'Abraham? Vous ne les connaissez pas? Dois-je vous les énumérer comme nature et comme symbole? Abraham obéit en allant dans le pays que Dieu lui indiqua, figure d'un homme qui doit être prêt à tout quitter pour aller où Dieu l'envoie. Abraham fut condescendant envers le fils de son frère et le laissa choisir la région qu'il préférait, figure du respect pour la liberté d'action et de la charité que l'on doit avoir pour son prochain. Abraham fut humble après que Dieu lui eut marqué sa prédilection et il l'honora à Mambré se sentant toujours un néant en face du Très-Haut qui lui avait parlé, figure de la position de l'amour révérenciel que l'homme doit toujours avoir envers son Dieu. Abraham crut à Dieu et Lui obéit, même dans les choses les plus difficiles à croire et les plus pénibles à accomplir, et pour se sentir en sécurité, il ne se rendit pas égoïste, mais il pria pour ceux de Sodome. Abraham ne conclut pas de pacte avec IE; Seigneur en voulant une récompense pour ses nombreuses obéissances, et même pour l'honorer jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière limite, il Lui sacrifia son fils bien-aimé…”
“Il ne l'a pas sacrifié.”
“Il sacrifia son fils bien-aimé, car en vérité son cœur l'avait déjà sacrifié durant le trajet par sa volonté d'obéir, que l'ange arrêta quand déjà le cœur du père se fendait au moment de fendre le cœur de son fils. Il tuait son fils pour honorer Dieu. Vous vous tuez à Dieu son Fils pour honorer Satan. Faites-vous alors les œuvres de Celui que vous appelez votre père? Non, vous ne les faites pas. Vous cherchez à me tuer parce que je vous dis la vérité, comme je l'ai entendue de Dieu. Abraham n'agissait pas ainsi. Il ne cherchait pas à tuer la voix qui venait du Ciel, mais lui obéissait. Non, vous ne faites pas les œuvres d'Abraham, mais celles que vous indique votre père.”
“Nous ne sommes pas nés d'une prostituée, nous ne sommes pas des bâtards. Tu as dit Toi-même que le Père des hommes c'est Dieu, et nous, nous sommes du Peuple élu et des castes élues dans ce Peuple. Nous avons donc Dieu pour unique Père.”
“Si vous reconnaissiez Dieu comme Père, en esprit et en vérité, vous m'aimeriez car je procède et je viens de Dieu; je ne viens pas de Moi-même, mais c'est Lui qui m'a envoyé. Par conséquent, si vous connaissiez vraiment le Père, vous me connaîtriez Moi aussi, son Fils et votre frère et Sauveur. Est-ce que les frères peuvent ne pas se reconnaître? Est-ce que les enfants de l'Unique peuvent ne pas reconnaître le langage que l'on parle dans la Maison de l'Unique Père? Pourquoi alors ne comprenez-vous pas mon langage et ne supportez-vous pas mes paroles? C'est que je viens de Dieu, et pas vous. Vous avez quitté la demeure paternelle et oublié le visage et le langage de Celui qui l'habite. Vous êtes allés volontairement dans d'autres régions, dans d'autres demeures, où règne un autre qui n'est pas Dieu, et où l'on parle un autre langage. Et celui qui règne impose pour y entrer que l'on se fasse son fils et qu'on lui obéisse. Et vous l'avez fait et le faites. Vous abjurez, vous reniez le Dieu Père pour vous choisir un autre père. Et c'est Satan. Vous avez pour père le démon et vous voulez accomplir ce qu'il vous suggère. Et les désirs du démon sont des désirs de péché et de violence, et vous les accueillez. Dès le principe, il était homicide, et il n'a pas persévéré dans la vérité car lui, qui s'est révolté contre la Vérité, ne peut avoir en lui l'amour de la vérité. Quand il parle, il parle comme il est, c'est-à-dire en être menteur et ténébreux car, en vérité, c'est un menteur et il a engendré et enfanté le mensonge après s'être fécondé par l'orgueil et nourri par la révolte. Il a en son sein toute la concupiscence et il la crache et l'inocule pour empoisonner toutes les créatures. C'est le ténébreux, le railleur, le maudit reptile rampant, c'est l'opprobre et l'Horreur. Depuis des siècles et des siècles, ses œuvres tourmentent l'homme, et l'intelligence des hommes a devant elle leurs signes et leurs fruits. Et pourtant, c'est à . lui qui ment et qui ruine, que vous prêtez l'oreille, alors que si je parle et dis ce qui est vrai et bon, vous ne me croyez pas et me traitez de pécheur. Mais qui, parmi ceux si nombreux qui m'ont approché, avec haine ou avec amour, peut dire qu'il m'a vu pécher? Qui peut le dire en toute vérité? Où sont les preuves pour me convaincre et convaincre ceux qui croient en Moi, que je suis un pécheur? Auquel des dix commandements ai-je manqué? Qui devant l'autel de Dieu peut jurer qu'il m'a vu violer la Loi et les coutumes, les préceptes, les traditions, les prières? Qui d'entre tous les hommes peut me faire changer de couleur pour être, avec des preuves certaines, convaincu de péché? Personne ne peut le faire. Personne d'entre les hommes et personne d'entre les anges. Dieu crie au cœur des hommes: "Il est l'Innocent". De cela, vous en êtes tous convaincus, et encore davantage vous qui m'accusez que ces autres qui ne savent pas, entre vous et Moi, qui a raison. Mais celui seulement qui appartient à Dieu écoute les paroles de Dieu. Vous vous ne les écoutez pas, bien qu'elles tonnent en vos âmes nuit et jour, et vous ne les écoutez pas parce que vous n'êtes pas de Dieu.”
“Nous, nous qui vivons pour la Loi et dans l'observance la plus minutieuse des préceptes pour honorer le Très-Haut, nous ne sommes pas de Dieu? Et Toi tu oses le dire? Ah!!!” Ils semblent asphyxiés par l'horreur comme si une corde leur serrait le cou. “Et nous ne devons pas dire que tu es un possédé et un samaritain?”
“Je ne suis ni l'un ni l'autre, mais j'honore mon Père, même si vous le niez pour m'en faire un reproche, mais votre blâme ne m'afflige pas. Je ne cherche pas ma gloire. Il y a quelqu'un qui en prend soin et qui juge. Je vous le dis à vous qui voulez m'humilier, mais à qui a une volonté bonne, je dis que celui qui accueillera ma parole, ou qui l'a déjà accueillie et qui saura la garder, ne verra jamais la mort pour l'éternité.”
“Ah! maintenant nous voyons bien que par tes lèvres parle le démon qui te possède! Tu l'as dit, Toi-même: "Il parle en menteur". Ce que tu as dit est une parole de mensonge, ta parole est donc démoniaque. Abraham est mort et les prophètes sont morts et tu dis que celui qui gardera ta parole ne verra jamais la mort pour l'éternité. Tu ne mourras donc pas?”
“Je ne mourrai que comme Homme pour ressusciter au temps de Grâce, mais comme Verbe je ne mourrai pas. La Parole est Vie et elle ne meurt pas. Et celui qui accueille la Parole a en lui la Vie et ne meurt pas pour l'éternité, mais il ressuscite en Dieu, car Moi je le ressusciterai.”
“Blasphémateur! Fou! Démon! Es-tu plus que notre père Abraham qui est mort, et que les prophètes? Qui prétends-tu être?”
“Le Principe, Moi qui vous parle.”
Il se produit un charivari et pendant ce temps le lévite Zacharie pousse insensiblement Jésus dans un coin du portique, aidé en cela par les fils d'Alphée et par d'autres qui l'aident, peut-être sans même savoir ce qu'ils font.
Quand Jésus est bien adossé au mur et protégé par les plus fidèles qui sont devant Lui, et que le tumulte s'apaise un peu même dans la Cour, il dit de sa voix si pénétrante et si belle, si calme, même dans les moments les plus troublés: “Si je me glorifie par Moi-même, ma gloire n'a pas de valeur. Chacun peut dire de lui-même ce qu'il veut. Mais Celui qui me glorifie c'est mon Père dont vous dites qu'Il est votre Dieu, bien qu'Il soit si peu vôtre que vous ne le connaissez pas et que vous ne l'avez jamais connu et ne voulez pas le connaître à travers Moi qui vous en parle parce que je le con nais. Et si je disais que je ne le connais pas pour apaiser votre haine envers Moi, je serais un menteur comme vous l'êtes vous quand vous dites que vous le connaissez. Je sais que je ne dois pas mentir pour aucune raison. Le Fils de l'homme ne doit pas mentir, même si de dire la vérité doit être la cause de sa mort. Car si le Fils de l'homme mentait, il ne serait plus le fils de la Vérité, et la Vérité le repousserait loin d'Elle. Je connais Dieu, et comme Dieu et comme Homme. Et comme Dieu et comme Homme, je garde ses paroles et je les observe. Israël, réfléchis! C'est ici que s'accomplit la Promesse. C'est en Moi qu'elle s'accomplit. Reconnaissez-Moi pour ce que je suis! Abraham, votre père, a soupiré pour voir mon jour. Il l'a vu prophétiquement, par une grâce de Dieu, et il a exulté de joie, et vous qui le vivez en vérité…”
“Mais tais-toi! Tu n'as pas encore cinquante ans et tu veux dire qu'Abraham t'a vu et que tu l'as vu?” et leur rire moqueur se propage comme un flot empoisonné ou un acide qui ronge.
“En vérité, en vérité je vous le dis: avant qu'Abraham naisse, Moi, je suis.”
“"Je suis"? Seul Dieu peut le dire car Il est éternel. Pas Toi! Blasphémateur! "Je suis"! Anathème! Tu es peut-être Dieu, Toi, pour le dire?” Lui crie quelqu'un qui doit être un grand personnage car, arrivé depuis peu, il est déjà près de Jésus, tout le monde s'étant écarté presque avec terreur à sa venue.
“Tu l'as dit” répond Jésus d'une voix de tonnerre.
Tout devient arme aux mains de ceux qui haïssent. Pendant que le dernier qui a interrogé le Maître s'abandonne à toute une mimique d'horreur scandalisée, arrache son couvre-chef, se tarabuste les cheveux et la barbe, et défait les boucles qui retiennent son vêtement à son cou, comme s'il se sentait défaillir pour l'horreur, des poignées de terre, des pierres dont se servent les marchands de colombes et autres animaux pour tendre les cordages des enclos, et des changeurs pour… garder prudemment leurs coffres auxquels ils tiennent plus qu'à leur vie, sont lancées contre le Maître, et naturellement retombent sur la foule elle-même, car Jésus est trop à l'intérieur, sous le portique, pour qu'on puisse l'atteindre, et la foule maugrée et se lamente…
Zacharie, le lévite, donne un coup puissant à Jésus, seul moyen de le faire arriver à une petite porte basse, cachée dans le mur du portique et déjà prête à s'ouvrir, et il l'y pousse en même temps que les deux fils d'Alphée, que Jean, Manaën, Thomas. Les autres restent au dehors, dans le tumulte… dont le bruit arrive affaibli dans une galerie, entre les puissantes murailles de pierre, dont je ne sais comment elles s'appellent en architecture. Les pierres en sont encastrées, dirais-je, avec des pierres larges qui encadrent les plus petites, et vice versa. Je ne sais si je m'explique bien. Elles sont sombres, puissantes, taillées grossièrement, à peine visibles dans la pénombre des fentes étroites placées en haut à des distances régulières pour aérer et empêcher l'endroit d'être complètement obscur. C'est une étroite galerie dont je ne sais à quoi elle sert mais qui me donne l'impression de tourner sous tout le portique. Peut-être elle avait été faite pour protéger, pour abriter, pour doubler et donc rendre plus résistantes, les murailles des portiques qui font comme autant d'enceintes au Temple proprement dit, au Saint des Saints. En somme je ne sais pas. Je dis ce que je vois. Odeur d'humidité, et de cette humidité dont on ne sait dire si elle est froide ou non, comme dans certaines caves.
“Et que faisons-nous ici?” demande Thomas.
“Tais-toi! Zacharie m'a dit qu'il viendra et de rester silencieux et immobiles” répond le Thaddée.
“Mais… peut-on avoir confiance?”
“Je l'espère.”
“Ne craignez pas. L'homme est bon” dit Jésus, pour les réconforter.
Au dehors le tumulte s'éloigne. Il se passe un certain temps. Puis arrive un bruit sourd de pas et une petite lueur tremblante, qui s'amène des profondeurs obscures.
“Es-tu là, Maître?” dit une voix qui veut se faire entendre mais craint d'être entendue.
“Oui, Zacharie.”
“Jéhovah soit loué! Je me suis fait attendre? J'ai dû attendre que tous courent aux autres sorties. Viens, Maître… Tes apôtres… J'ai réussi à dire à Simon qu'ils aillent tous à Bétesda et d'attendre là. D'ici on descend… Peu de lumière, mais le chemin est sûr. On descend aux citernes… et on sort vers le Cédron. C'est un chemin ancien, pas toujours destiné à un bon usage. Mais cette fois, si… Et cela le sanctifie…”
Ils ne cessent de descendre dans une ombre que rompt seulement la lueur tremblotante de la lampe jusqu'à ce qu'une clarté différente se fait voir là-bas, au fond… et au-delà, une clarté verte qui paraît lointaine… Une grille, qui est presque une porte tant elle est massive et serrée, termine la galerie.
“Maître, je t'ai sauvé. Tu peux aller, mais écoute-moi. Cesse de venir pendant quelque temps. Je ne pourrais toujours te rendre service sans être remarqué. Et… oublie, oubliez tous ce chemin et moi qui vous y ai conduit” dit Zacharie en faisant agir des mécanismes qui sont dans la lourde porte et en l'entrouvrant juste pour laisser passer les personnes. Et il répète: “Oubliez, par pitié pour moi.”
“Ne crains pas. Personne de nous ne parlera et que Dieu soit avec toi à cause de ta charité.” Jésus lève la main pour la poser sur la tête inclinée du jeune homme.
Il sort suivi par ses cousins et les autres. Il se trouve sur un petit emplacement sauvage encombré de ronces qui peut à peine les recevoir tous, en face de l'Oliveraie. Un sentier de chèvres descend au milieu des ronces vers le torrent.
“Allons. Nous allons remonter ensuite à la hauteur de la Porte des Brebis et Moi j'irai avec mes frères chez Joseph, pendant que vous irez à Bétesda pour prendre les autres et me rejoindre. Nous irons à Nobé demain soir après le crépuscule.”
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/
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