"Lisez cette œuvre et faites-la lire"
Jésus (Chapitre 38, Volume 10 ) à propos de
l’Évangile tel qu’il m’a été révélé.

L'Évangile de la Messe St Pie V
et l’Évangile tel qu’il m’a été révélé de Maria Valtorta.
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Dimanche 4 octobre 2015, Solennité de Notre-Dame du Saint Rosaire

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 1,26-38.
En ce temps-là, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
vers une vierge qui était fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph ; et le nom de la vierge était Marie.
Etant entré où elle était, il lui dit : " Salut, pleine de grâce ! Le Seigneur est avec vous ; vous êtes bénie entre les femmes. "
Mais à cette parole elle fut fort troublée, et elle se demandait ce que pouvait être cette salutation.
L'ange lui dit : " Ne craignez point, Marie, car vous avez trouvé grâce devant Dieu.
Voici que vous concevrez, et vous enfanterez un fils, et vous lui donnerez le nom de Jésus."
Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;
il règnera éternellement sur la maison de Jacob, et son règne n'aura point de fin. "
Marie dit à l'ange : " Comment cela sera-t-il, puisque je ne connais point l'homme ? "
L'ange lui répondit : " L'Esprit-Saint viendra sur vous, et la vertu du Très-Haut vous couvrira de son ombre. C'est pourquoi l'être saint qui naîtra sera appelé Fils de Dieu.
Et voici qu'Elisabeth, votre parente, a conçu, elle aussi, un fils dans sa vieillesse, et ce mois-ci est le sixième pour elle que l'on appelait stérile,
car rien ne sera impossible pour Dieu. "
Marie dit alors : " Voici la servante du Seigneur : qu'il me soit fait selon votre parole ! " Et l'ange la quitta. 
Extrait de la Traduction de l'évangile selon le missel catholique Romain Tridentin.
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta : Tome 1, Ch 23, p 100 - CD 1, piste 34 -
Voici ce que je vois: Marie, une très jeune adolescente - quinze ans au plus à la voir - est dans une petite pièce rectangulaire. Une vraie chambre de jeune fille. Contre le plus long des deux murs, se trouve le lit: une couchette basse, sans rebords couverte de nattes ou de tapis. On les dirait étendus sur une table ou une claie à roseaux. Ils sont en effet rigides et ne forment pas de courbes comme il arrive sur nos lits. Sur l’autre mur, une étagère avec une lampe à huile, des rouleaux de parchemin, un travail de couture soigneusement plié que l’on dirait de la broderie. À côté, vers la porte qui est ouverte sur le jardin, mais couverte d’un rideau qu’un vent léger remue, est assise sur un tabouret bas la Vierge. Elle file du lin très blanc et doux comme de la soie. Ses petites mains, un peu moins claires que le lin, font tourner agilement le fuseau. Le petit visage, jeune est si beau, si beau, légèrement courbé, avec un léger sourire, comme si elle caressait ou suivait quelque douce pensée.Un profond silence, dans la petite maison et le jardin. Une paix profonde, tant sur le visage de Marie que dans son environnement. La paix et l’ordre. Tout est propre et en ordre et le milieu très humble en son aspect et dans l’ameublement, presque comme une cellule, a quelque chose d’austère et en même temps de royal à cause de la netteté et du soin avec lequel sont disposées les étoffes sur le lit, les rouleaux, la lumière, le petit broc de cuivre près de la lumière et, avec dedans un faisceau de branches fleuries, branches de pêchers ou de poiriers, je ne sais, mais ce sont certainement des arbres à fruit avec des fleurs légèrement rosées.Marie se met à chanter à voix basse et puis elle élève un peu la voix. Ce n’est pas du grand “chant”, mais c’est déjà une voix qui vibre dans la petite pièce et où on sent vibrer son âme. Je ne comprends pas les paroles, c’est certainement de l’hébreu. Mais comme elle répète fréquemment: “Jéhovah” je comprends qu’il s’agit de quelque chant sacré, peut-être un psaume. Peut-être Marie se rappelle les cantiques du Temple et ce doit être un doux souvenir car elle pose sur son sein les mains qui tiennent le fil et le fuseau et elle lève la tête en l’appuyant en arrière sur le mur; son visage brille de vives couleurs et ses yeux, perdus dans je ne sais quelle douce pensée, sont rendus plus luisants par des pleurs retenus mais qui les font paraître plus grands. Et pourtant ses yeux rient, sourient à une pensé qu’ils suivent et l’abstraient de ce qui l’entoure. Le visage de Marie émerge du vêtement blanc et très simple, rosé et encadré par les tresses qu’elle porte comme une couronne autour de la tête. On dirait une belle fleur.Le chant se change en une prière: “Seigneur, Dieu Très-Haut, ne tarde pas d’envoyer ton Serviteur pour apporter la paix sur la terre. Suscite le temps favorable et la vierge pure et féconde pour l’avènement de ton Christ. Père, Père Saint, accorde à ta servante d’offrir sa vie dans ce but. Accorde-moi de mourir après avoir vu ta Lumière et ta Justice sur la terre et d’avoir vu, accomplie, la Rédemption. O Père Saint envoie à la terre ce qui a fait soupirer les Prophètes. Envoie à ta servante le Rédempteur. Qu’à l’heure où se terminera ma journée s’ouvre pour moi ta demeure parce que ses portes auront déjà été ouvertes par ton Christ, pour tous ceux qui ont espéré en Toi. Viens, viens, ô Esprit du Seigneur. Viens vers tes fidèles qui t’attendent. Viens, Prince de la Paix!…” Marie reste ainsi hors d’elle-même… Le rideau remue plus fort, comme si quelqu’un, par derrière faisait un courant d’air ou le secouait pour l’écarter. Et une lumière blanche de perle, associée à l’argent pur, rend plus clairs les murs légèrement jaunes, plus vives les couleurs des étoffes, plus spirituel le visage levé de Marie. Dans la lumière, et sans que la tenture soit écartée sur le mystère qui s’accomplit même elle ne remue plus: elle pend absolument rigide contre les montants, comme si c’était un mur qui isole l’intérieur de l’extérieur - dans cette lumière se prosterne l’Archange. Il doit nécessairement prendre un aspect humain. Mais cet aspect transcende l’humain. De quelle chair est formée cette figure très belle et fulgurante? De quelle substance Dieu l’a-t-elle matérialisée pour la rendre sensible aux sens de la Vierge? Seul Dieu peut posséder ces substances et s’en servir si parfaitement. C’est un visage, c’est un corps, ce sont des yeux, une bouche, des cheveux et des mains comme les nôtres, mais ce n’est pas notre opaque matière. C’est une lumière qui a pris la couleur de la chair, des yeux, de la chevelure, des lèvres, une lumière qui se meut et sourit et regarde et parle. “Salut, Marie, pleine de Grâce, salut!” La voix est un doux accord comme de perles qui tombent sur un métal précieux.Marie tressaille et baisse les yeux. Et elle tressaille davantage quand elle voit cette créature de lumière agenouillée à un mètre environ de distance d’elle, les mains croisées sur la poitrine la regardant avec un infini respect. Marie se dresse debout et se serre contre le mur. Elle devient pâle, puis rouge. Son visage exprime étonnement, effarement. Elle serre inconsciemment les mains sur son sein, en les cachant sous ses longues manches. Elle se courbe presque pour cacher le plus possible son corps. Une attitude de suave pudeur. “Non. Ne crains pas. Le Seigneur est avec Toi! Tu es bénie entre toutes les femmes.” Mais Marie continue à craindre. D’où est venu cet être extraordinaire? Est-ce un envoyé de Dieu ou du Trompeur?“Ne crains pas, Marie!” répète l’Archange. “Je suis Gabriel, l’Ange de Dieu. Le Seigneur m’a envoyé vers Toi. Ne crains pas parce que tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Et maintenant, tu vas concevoir dans ton sein et enfanteras un Fils et tu Lui donneras comme nom "Jésus". Il sera grand. On l’appellera le Fils du Très-Haut (et il le sera en réalité) et le Seigneur Dieu Lui donnera le trône de David son père et il régnera éternellement sur la maison de Jacob et son Règne n’aura jamais de fin. Comprends, ô sainte Vierge, aimée du Seigneur, sa Fille bénie, appelée à être la Mère de son Fils, quel Fils tu engendreras.” “Comment cela peut-il se faire si je ne connais point d’homme? Est-ce que le Seigneur Dieu n’accueille pas l’offrande de sa servante et ne me veut pas vierge par amour pour Lui?” “Non, ce ne sera pas par œuvre d’homme que tu seras Mère, ô Marie. Tu es l’éternelle Vierge, la Sainte de Dieu. L’Esprit Saint descendra sur Toi et la puissance du Très-Haut te couvriras de son ombre. Pour cela, on appellera Saint celui qui naîtra de toi, Saint et Fils de Dieu, Tout est possible au Seigneur notre Dieu. Elisabeth, stérile, a conçu dans sa vieillesse un fils qui sera le Prophète de ton Fils, celui qui Lui préparera le chemin. Le Seigneur lui a enlevé son opprobre et son souvenir restera parmi les peuples uni à ton nom, comme le nom de sa créature à celui de ton Saint, et jusqu’à la fin des siècles les nations vous proclameront bienheureuses pour la grâce du Seigneur venue jusqu’à vous et jusqu’à toi spécialement, venue aux nations par ton intermédiaire. Elisabeth en est à son sixième mois et le poids qu’elle porte fait monter en elle la joie et la fera monter davantage quand elle connaîtra ta propre joie. Rien n’est impossible à Dieu, Marie, pleine de Grâce. Que dois-je dire à mon Seigneur? Ne te laisse pas troubler par aucune pensée. Le Seigneur veillera sur tes intérêts si tu te fies à Lui. Le monde, le Ciel, l’Éternel attendent ta parole!” Marie, croisant à son tour ses mains sur sa poitrine et se courbant en une profonde inclination dit: “Voici la servante du Seigneur. Qu’il me soit fait selon sa parole.” L’Ange étincelle de joie. Il adore, parce que certainement il voit l’Esprit de Dieu s’abaisser sur la Vierge, toute courbée dans son consentement. Puis il disparaît, sans remuer la tenture qu’il laisse tirée sur le Mystère saint.
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

Dimanche 27 septembre 2015, Solennité de Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, vierge, docteur et patronne secondaire de la France (propre de France)


L'Évangile de la Messe St Pie V
et "L’Évangile tel qu’il m’a été révélé" de Maria Valtorta.

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 18,1-4.
En ce temps-là, les disciples s'approchèrent de Jésus, et lui dirent : Qui donc est le plus grand dans le royaume des cieux ?
Alors ayant fait venir un enfant, il le plaça au milieu d'eux
et dit : Je vous le dis, en vérité, si vous ne changez et ne devenez comme les enfants, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux.
Celui donc qui se fera humble comme ce petit enfant est le plus grand dans le royaume des cieux.
Extrait de la Traduction de l'évangile selon le missel catholique Romain Tridentin.
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta : Tome 5, Ch 40, p 273 - CD 5, piste 102 -
Je vois Jésus qui suit un chemin de campagne suivi et entouré de ses apôtres et des disciples.
Le lac de Galilée brille pas très loin tranquille et azuré sous un beau soleil de printemps ou d'automne car il n'est pas violent comme un soleil d'été. Mais je dirais que c'est le printemps car la nature est très fraîche et elle n'a pas ces tons dorés et mourants que l'on voit en automne.
Il semble qu'à l'approche du soir, Jésus se retire dans la maison hospitalière et se dirige par conséquent vers la ville que l'on voit apparaître déjà. Jésus, comme il arrive souvent, est à quelques pas en avant des disciples. Deux ou trois, pas plus, mais assez pour pouvoir s'isoler dans ses pensées, ayant besoin de silence après une journée d'évangélisation. Il chemine absorbé, avec dans la main droite un rameau vert, certainement cueilli dans quelque buisson avec lequel il fouette légèrement, perdu dans ses pensées, les herbes de la berge.
Derrière Lui, au contraire, les disciples parlent avec animation. Ils rappellent les événements de la journée et ils n'ont pas la main trop légère pour apprécier les défauts d'autrui et les méchancetés d'autrui. Tous critiquent plus ou moins le fait que ceux qui sont chargés de la perception du tribut pour le Temple aient voulu être payés par Jésus.
Pierre, toujours véhément, soutient que c'est un sacrilège parce que le Messie n'est pas tenu de payer le tribut: “C'est comme si on voulait que Dieu se paie Lui-même” dit-il. “Et cela n'est pas juste. Si, ensuite, ils croient que Lui n'est pas le Messie, cela devient un sacrilège.”
Jésus se tourne un instant et il dit: “Simon, Simon, il y en aura tant qui douteront de Moi! Même parmi ceux qui croient que leur foi en Moi est assurée et inébranlable. Ne juge pas les frères, Simon. Commence par te juger toi-même.”
Judas, avec un sourire ironique, dit à Pierre qui humilié a baissé la tête: “Ceci est pour toi. Parce que tu es le plus âgé tu veux toujours faire le docteur. Il n'est pas dit qu'il faille juger le mérite d'après l'âge. Parmi nous, il y en a qui te sont supérieurs pour le savoir et la position sociale.”
Il s'allume une discussion sur les mérites respectifs. Tel se vante d'avoir été parmi les premiers disciples, tel appuie son mérite sur la situation qu'il a quittée pour suivre Jésus, tel dit que personne comme lui n'a des droits parce que personne ne s'est converti comme lui, en passant de la situation de publicain à celle de disciple. La discussion se prolonge, et si je ne craignais pas d'offenser les apôtres, je dirais qu'elle prend les allures d'un véritable procès.
Jésus s'en désintéresse. Il semble n'entendre plus rien. Entre temps on est arrivé aux premières maisons de la ville que je sais être Capharnaüm. Jésus continue et les autres par derrière sont toujours en discussion.
Un enfant de sept à huit ans court derrière Jésus en sautant. Il le rejoint en dépassant le groupe plus qu'animé des apôtres. C'est un bel enfant aux cheveux châtains foncés tout bouclés, courts. Dans son visage brun, il a deux yeux noirs intelligents. Il appelle avec familiarité le Maître, comme s'il le connaissait bien. “Jésus” dit-il “laisse-moi venir avec Toi jusqu'à ta maison, veux-tu?”
“Ta mère le sait-elle?” demande Jésus en le regardant avec un doux sourire.
“Elle le sait.”
“En vérité?” Jésus, tout en souriant, le regarde d'un regard pénétrant.
“Oui, Jésus, en vérité.”
“Alors, viens.”
L'enfant fait un saut de joie et prend la main gauche de Jésus qui la lui présente. C'est avec une amoureuse confiance que l'enfant met sa petite main brune dans la longue main de mon Jésus. Moi, je voudrais bien en faire autant!
“Raconte-moi une belle parabole, Jésus” dit l'enfant en sautant aux côtés du Maître et en le regardant par en dessous avec un petit visage qui resplendit de joie.
Jésus aussi le regarde avec un sourire joyeux qui Lui fait entrouvrir la bouche qu'ombragent des moustaches et une barbe blonde rousse que le soleil fait briller comme si c'était de l'or. Ses yeux de saphir foncé rient de joie quand il regarde l'enfant.
“Qu'en fais-tu de la parabole? Ce n'est pas un jeu.”
“C'est plus beau qu'un jeu. Quand je vais dormir, j'y pense, et puis j'en rêve et le lendemain je m'en souviens et je me la redis pour être bon. Elle me rend bon.”
“Tu t'en souviens?”
“Oui. Veux-tu que je te dise toutes celles que tu m'as dites?”
“Tu es brave, Benjamin, plus que les hommes qui oublient. En récompense, je te dirai la parabole.”
L'enfant ne saute plus. Il marche, sérieux, attentif comme un adulte, et il ne perd pas un mot, pas une inflexion de la voix de Jésus qu'il regarde avec attention, sans même prendre garde où il met ses pieds.
“Un berger qui était très bon apprit qu'il y avait dans un endroit de la création un grand nombre de brebis abandonnées par des bergers qui n'étaient guère bons. Elles étaient en danger sur de mauvais chemins et dans des herbages empoisonnés et elles s'en allaient de plus en plus vers de sombres ravins. Il vint dans cet endroit et, sacrifiant tout son avoir, il acheta ces brebis et ces agneaux.
Il voulait les amener dans son royaume, parce que ce berger était roi aussi comme l'ont été de nombreux rois en Israël. Dans son royaume, ces brebis et ces agneaux auraient tant de pâturages sains, tant d'eaux fraîches et pures, des chemins sûrs et des abris solides contre les voleurs et les loups féroces. Alors ce berger rassembla ses brebis et ses agneaux et il leur dit: "Je suis venu pour vous sauver, pour vous amener là où vous ne souffrirez plus, où vous ne connaîtrez plus les embûches et les douleurs. Aimez-moi, suivez-moi, car je vous aime tant et, pour vous avoir, je me suis sacrifié de toutes manières. Mais si vous m'aimez, mon sacrifice ne me pèsera pas. Suivez-moi et allons". Et le berger en avant, les brebis à la suite, prirent le chemin vers le royaume de la joie.
A chaque instant, le berger se retournait pour voir si elles le suivaient, pour exhorter celles qui étaient fatiguées, encourager celles qui perdaient confiance, pour secourir les malades, caresser les agneaux. Comme il les aimait! Il leur donnait son pain et son sel. Il commençait par goûter l'eau des sources pour voir si elle était saine et la bénissait pour la rendre sainte.
Mais les brebis - le crois-tu, Benjamin? - les brebis, après quelque temps se lassèrent. Une d'abord, puis deux, puis dix, puis cent restèrent en arrière à brouter l'herbe jusqu'à s'empiffrer au point de ne plus se mouvoir et se couchèrent, fatiguées et repues, dans la poussière et dans la boue. D'autres se penchèrent sur les précipices, malgré les paroles du berger: "Ne le faites pas". Comme il se mettait là où il y avait un plus grand danger, pour les empêcher d'y aller, certaines le bousculèrent avec leurs têtes arrogantes et plus d'une fois essayèrent de le jeter au fond. Ainsi beaucoup finirent dans les ravins et moururent misérablement. D'autres se battirent à coups de cornes et de têtes, et se tuèrent entre elles.
Seul un agnelet ne s'écarta jamais. Il courait en bêlant et il disait par son bêlement au berger: "Je t'aime". Il courait derrière le bon berger et quand ils arrivèrent à la porte de son royaume, il n'y avait qu'eux deux: le berger et l'agnelet fidèle. Alors le berger ne dit pas: "Entre", mais il dit: "Viens" et il le prit sur sa poitrine, dans ses bras, et il l'amena à l'intérieur en appelant tous ses sujets et en leur disant: "Voici. Celui-ci m'aime. Je veux qu'il soit avec Moi pour toujours. Et vous aimez-le, car c'est celui que préfère mon cœur".
La parabole est finie, Benjamin. Maintenant peux-tu me dire quel est ce bon berger?”
“C'est Toi, Jésus.”
“Et cet agnelet, qui est-ce?”
“C'est moi, Jésus.”
“Mais maintenant je vais partir. Tu m'oublieras.”
“Non, Jésus, je ne t'oublierai pas parce que je t'aime.”
“Ton amour disparaîtra quand tu ne me verras plus.”
“Je me dirai à moi-même les paroles que tu m'as dites, et ce sera comme si tu étais présent. Je t'aimerai et je t'obéirai de cette façon. Et, dis-moi, Jésus: Toi, tu te souviendras de Benjamin?”
“Toujours.”
“Comment feras-tu pour te souvenir?”
“Je me dirai que tu m'as promis de m'aimer et de m'obéir, et je me souviendrai ainsi de toi.”
“Et tu me donneras ton Royaume?”
“Si tu seras bon, oui.”
“Je serai bon.”
“Comment feras-tu? La vie est longue.”
“Mais aussi tes paroles sont si bonnes. Si je me les dis et si je fais ce qu'elles me disent de faire, je me garderai bon toute ma vie. Et je le ferai parce que je t'aime. Quand on aime bien, ce n'est pas fatigante d'être bon. Je ne me fatigue pas d'obéir à maman, parce que je l'aime bien. Je ne me fatiguerai pas d'être obéissant pour Toi, parce que je t'aime bien.”
Jésus s'est arrêté pour regarder le petit visage enflammé par l'amour plus que par le soleil. La joie de Jésus est si vive qu'il semble qu'un autre soleil se soit allumé en son âme et irradie par ses pupilles. Il se penche et il baise l'enfant sur le front.
Il s'est arrêté devant une petite maison modeste, avec un puits devant. Jésus va ensuite s'asseoir près du puits et c'est là que le rejoignent les disciples, qui sont encore en train de mesurer leurs prérogatives respectives.
Jésus les regarde, puis il les appelle: “Venez autour de Moi, et écoutez le dernier enseignement de la journée, vous qui célébrez sans cesse vos mérites et pensez à vous adjuger une place en rapport avec eux. Vous voyez cet enfant? Lui est dans la vérité plus que vous. Son innocence lui donne les clefs pour ouvrir les portes de mon Royaume. Lui a compris, dans sa simplicité de tout petit, que c'est dans l'amour que se trouve la force de devenir grand et dans l'obéissance par amour celle d'entrer dans mon Royaume. Soyez simples, humbles, aimants d'un amour que vous ne donniez pas qu'à Moi mais que vous partagiez entre vous, obéissant à mes paroles, à toutes, même à celles-ci, si vous voulez arriver là où entreront ces innocents. Apprenez auprès des petits. Le Père leur révèle la vérité comme Il ne la révèle pas aux sages.”
Jésus parle en tenant Benjamin debout contre ses genoux et il lui tient les mains sur les épaules. En ce moment le visage de Jésus est plein de majesté. Il est sérieux, pas courroucé, mais sérieux. C'est vraiment le Maître. Le dernier rayon de soleil nimbe sa tête blonde.
La vision s'arrête pour moi ici, en me laissant pleine de douceur dans mes souffrances.
Les disciples n'ont donc pas pu entrer dans la maison, c'est naturel, à cause de leur nombre et par respect. Ils ne le font jamais s'ils ne sont pas invités par le Maître à le faire, en groupe ou en particulier. Je remarque toujours un grand respect, une grande retenue, malgré l'affabilité du Maître et sa longue familiarité. Même Isaac, qui pourrait se dire le premier d'entre les disciples, ne prend jamais la liberté d'aller vers Jésus, sans qu'un sourire, au moins un sourire du Maître l'appelle près de Lui.
N'est-ce pas un peu différent de la manière désinvolte et presque burlesque dont beaucoup traitent ce qui est surnaturel… Ceci est un de mes commentaires et que je trouve juste, car cela ne me va pas que les gens aient avec des choses, qui sont au-dessus de nous, les manières que nous n'avons pas à l'égard de nos égaux, les hommes, quand ils sont tant soit peu au-dessus de nous… Mais!… Allons de l'avant…
Donc les disciples se sont répandus sur la rive du lac pour acheter du poisson pour le souper, et aussi du pain et ce qu'il faut. Jacques de Zébédée revient aussi et il appelle le Maître qui est assis sur la terrasse avec Jean accroupi à ses pieds dans un entretien plein de douceur et d'abandon… Jésus se lève et se penche au-dessus du parapet.
Jacques dit: “Que de poissons, Maître! Mon père dit que ton arrivée a béni les filets. Regarde: ceci est pour nous” et il montre un panier de poissons argentés.
“Que Dieu lui donne des grâces pour sa générosité. Préparez-le et après le souper nous irons sur la rive avec les disciples.”
Et ainsi font-ils. Le lac est noir dans la nuit, en attendant la lune qui se lève tard. On ne le voit pas, mais on entend son murmure, son clapotis contre les rochers du rivage. Seules les incroyables étoiles des nuits d'Orient se mirent dans ses eaux tranquilles. Ils s'assoient en cercle autour d'une petite barque renversée, sur laquelle est assis Jésus. Les petits fanaux des barques apportés ici, au milieu du cercle, éclairent à peine les visages les plus voisins. Le visage de Jésus est tout éclairé par en dessous par un falot placé à ses pieds, et tous, de cette façon, peuvent le voir quand il parle à l'un ou l'autre.
Au début c'est une conversation sans façon, familière, mais ensuite elle prend le ton d'une instruction. Jésus le dit même ouvertement: “Venez et écoutez. D'ici peu, nous nous séparerons et je veux vous instruire encore pour vous mieux former.
Aujourd'hui je vous ai entendu discuter et ce n'était pas toujours avec charité. Aux premiers d'entre vous, j'ai déjà donné l'instruction. Mais je veux vous la donner à vous aussi, et elle ne fera pas de mal à ceux qui sont les premiers s'ils l'entendent de nouveau. Maintenant le petit Benjamin n'est pas ici contre mes genoux. Il dort dans son lit et il fait ses rêves innocents. Mais peut-être son âme candide est-elle de même parmi nous. Mais supposez que lui, ou quelqu'autre enfant, soit ici pour vous servir d'exemple. Vous, dans votre cœur, vous avez tous une idée fixe: être le premier dans le Royaume des Cieux; une curiosité: savoir qui sera ce premier; et enfin un danger: le désir encore humain de s'entendre répondre: "Tu es le premier dans le Royaume des Cieux" par des compagnons complaisants, ou par le Maître, surtout par le Maître, dont vous connaissez la véracité et la connaissance de l'avenir.
N'est-ce pas ainsi? Les questions tremblent sur vos lèvres et vivent au fond de votre cœur. Le Maître, pour votre bien, accepte cette curiosité bien qu'il ait horreur de céder aux curiosités humaines. Votre Maître n'est pas un charlatan que l'on interroge pour deux piécettes au milieu du vacarme d'un marché. Ce n'est pas quelqu'un possédé par l'esprit du Python qui se procure de l'argent en faisant le devin, pour répondre aux esprits étroits des hommes qui veulent connaître l'avenir pour savoir comment "se diriger". L'homme ne peut se diriger par lui-même. C'est Dieu qui le dirige si l'homme a foi en Lui! Et il ne sert à rien de connaître l'avenir, ou de croire qu'on le connaît, si ensuite on n'a pas le moyen de changer l'avenir prophétisé. Il n'y a qu'un moyen: prier le Père et Seigneur pour que sa miséricorde nous aide. En vérité je vous dis qu'une prière confiante peut changer un châtiment en bénédiction. Mais celui qui a recours aux hommes pour pouvoir, en tant qu'homme, et avec des moyens humains, changer l'avenir, ne sait pas du tout prier ou sait très mal prier.
Moi, cette fois-ci, parce que cette curiosité peut vous donner un bon enseignement, j'y réponds, bien que j'aie horreur des questions curieuses et irrespectueuses. Vous vous demandez: "Qui parmi nous est le plus grand dans le Royaume des Cieux?"
Moi, je supprime la limite du "parmi nous" et j'élargis la question aux limites du monde entier, présent et futur, et je réponds: Le plus grand dans le Royaume des Cieux, c'est le plus petit parmi les hommes, c'est-à-dire celui que les hommes considèrent comme "le plus petit". Celui qui est simple, humble, confiant, ignorant, par conséquent l'enfant, ou celui qui sait se refaire une âme d'enfant. Ce n'est pas la science, ni la puissance, ni la richesse, ni l'activité, même si elle est bonne, qui vous rendront "le plus grand" dans le Royaume bienheureux. Mais d'être comme des tout petits par l'amour, l'humilité, la simplicité, la foi.
Observez comme m'aiment les enfants et imitez-les. Comme ils croient en Moi, et imitez-les. Comme ils se souviennent de ce que je dis, et imitez-les. Comme ils font ce que j'enseigne, et imitez-les. Comme ils ne s'enorgueillissent pas de ce qu'ils font, et imitez-les. Comme ils n'ont pas de jalousie pour Moi ni pour leurs compagnons, et imitez-les. En vérité je vous dis que, si vous ne changez pas votre manière de penser, d'agir et d'aimer, et si vous ne vous refaites pas sur le modèle des tout petits, vous n'entrerez pas dans le Royaume des Cieux. Eux savent ce que vous savez, ce qu'il y a d'essentiel dans ma doctrine. Mais avec quelle différence ils pratiquent ce que j'enseigne! Vous, vous dites pour toute bonne action que vous accomplissez: "J'ai fait". L'enfant dit: "Jésus, je me suis souvenu de Toi aujourd'hui, et à cause de Toi j'ai obéi, j'ai aimé, j'ai contenu un désir de me battre… et je suis content parce que Toi, je le sais, tu sais quand je suis bon et tu en es content". Et encore considérez les enfants quand ils agissent mal. Avec quelle humilité ils me l'avouent: "Aujourd'hui j'ai été méchant. Et cela me déplaît parce que je t'ai donné de la douleur". Ils ne cherchent pas d'excuses. Ils savent que je sais, ils croient, ils souffrent de ma douleur.
Oh! ils sont chers à mon cœur, les enfants, en qui il n'y a pas d'orgueil, pas de duplicité, pas de luxure! Moi, je vous le dis: devenez semblables à des petits, si vous voulez entrer dans mon Royaume. Aimez les petits comme l'exemple angélique que vous pouvez encore avoir. Vous devriez être comme des anges. Pour vous excuser, vous pourriez dire: "Nous ne voyons pas les anges". Mais Dieu vous donne les enfants comme modèles et eux, vous les avez parmi vous. Et si vous voyez un enfant abandonné matériellement, ou abandonné moralement, et qui peut périr, accueillez-le en mon Nom, parce qu'eux sont très aimés de Dieu. Et quiconque accueille un enfant en mon Nom, m'accueille Moi-même, parce que je suis dans l'âme des enfants, qui est innocente. Et celui qui m'accueille, accueille Celui qui m'a envoyé, le Seigneur Très-haut. Et gardez-vous de scandaliser un de ces petits dont l'œil voit Dieu. On ne doit jamais donner de scandale à personne. Mais malheur, trois fois malheur, à celui qui déflore la candeur ignorante des enfants! Laissez-les anges, le plus que vous pouvez. Trop répugnants sont le monde et la chair pour l'âme qui vient des Cieux! Et l'enfant, par son innocence, est encore tout âme. Respectez l'âme de l'enfant et son corps lui-même, comme vous respectez un lieu sacré. Sacré est aussi l'enfant car il a Dieu en lui. En tout corps se trouve le temple de l'Esprit, mais le temple de l'enfant est le plus sacré et le plus profond, et il est au-delà du double Voile. Ne remuez même pas les voiles de la sublime ignorance de la concupiscence par le vent de vos passions. Je voudrais un enfant dans toute famille, au milieu de toute réunion de personnes, pour qu'il serve de frein aux passions des hommes.
L'enfant sanctifie, restaure et rafraîchit par le seul rayonnement de ses yeux sans malice. Mais malheur à ceux qui enlèvent sa sainteté à l'enfant par leur scandaleuse manière d'agir! Malheur à ceux qui par leur conduite licencieuse transmettent leur malice aux enfants! Malheur à ceux qui par leurs propos et leur ironie blessent la foi que les enfants ont en Moi! Il vaudrait mieux qu'à tous ceux-là on attache à leur cou une meule de moulin, et qu'on les jette à la mer pour qu'ils s'y noient avec leurs scandales. Malheur au monde pour les scandales qu'il donne aux innocents! Car, s'il est inévitable qu'il arrive des scandales, malheur à l'homme qui les provoque par sa faute!
Personne n'a le droit de faire violence à son corps et à sa vie, car la vie et le corps viennent de Dieu, et Lui seul a le droit d'en prendre une partie ou le tout. Mais pourtant je vous dis que si votre main vous scandalise, il vaut mieux que vous la coupiez, que si votre pied vous porte à donner du scandale, il est bien que vous le coupiez. Il vaut mieux pour vous entrer manchots ou boiteux dans la Vie que d'être jetés au feu éternel avec les deux mains et les deux pieds. Et s'il ne suffit pas d'un pied ou d'une main coupés, faites couper aussi l'autre main ou l'autre pied, pour ne plus donner de scandale et pour avoir le temps de vous repentir avant d'être jetés là où le feu ne s'éteint pas et ronge comme un ver pour l'éternité. Et si c'est votre œil qui est pour vous occasion de scandale, arrachez-le. Il vaut mieux être borgne que d'être dans l'enfer avec les deux yeux. Avec un seul œil ou même sans aucun, arrivés au Ciel, vous verrez la Lumière, alors qu'avec les deux yeux scandaleux, vous verrez dans l'enfer les ténèbres et l'horreur. Et rien d'autre.
Rappelez-vous tout cela. Ne méprisez pas les petits, ne les scandalisez pas, ne vous moquez pas d'eux. Ils sont plus que vous, car leurs anges ne cessent de voir Dieu qui leur dit les vérités qu'ils doivent révéler aux enfants et à ceux qui ont un cœur d'enfant.
Et vous, comme des enfants, aimez-vous entre vous, sans disputes, sans orgueil. Restez en paix entre vous. Ayez un esprit de paix pour tous. Vous êtes frères, au nom du Seigneur, et non pas ennemis. Il n'y a pas, il ne doit pas y avoir d'ennemis pour les disciples de Jésus. L'unique Ennemi, c'est Satan. Pour lui, soyez des ennemis implacables, entrez en lutte contre lui et contre les péchés qui amènent Satan dans les cœurs. Soyez infatigables dans le combat contre le mal quelque soit la forme qu'il prenne.
Et patients. Il n'y a pas de limite pour le travail de l'apôtre, car le travail du Mal ne connaît pas de limites. Le démon ne dit jamais: "Assez. Maintenant je suis fatigué et je me repose". Lui, il est inlassable. Il passe, agile comme la pensée, et plus encore, d'un homme à un autre. Il essaie, il attaque, il séduit, il tourmente, il n'accorde aucun répit. Il assaille traîtreusement et il abat, si l'on n'est pas plus que vigilant. Parfois il s'installe en conquérant à cause de la faiblesse de celui qu'il assaille. D'autres fois, il entre en ami, parce que la manière de vivre de la proie qu'il recherche est déjà telle qu'elle est une alliance avec l'Ennemi. Une autre fois, chassé par quelqu'un, il cherche et tombe sur une proie plus facile, pour se venger de l'échec que lui a fait subir Dieu ou un serviteur de Dieu. Mais vous, vous devez dire ce que lui dit: "Pour moi, pas de repos". Lui ne se repose pas pour peupler l'enfer. Vous ne devez pas vous reposer afin de peupler le Paradis. Ne lui donnez pas de répit. Je vous prédis que plus vous le combattrez, plus il vous fera souffrir, mais vous ne devez pas en tenir compte. Lui peut parcourir la terre, mais il n'entre pas dans le Ciel. Là, il ne vous causera plus d'ennuis. Et là seront tous ceux qui l'auront combattu…”
Jésus s'interrompt brusquement et demande: “Mais, en somme, pourquoi ennuyez-vous toujours Jean? Que veulent-ils de toi?”
Jean rougit comme une flamme, et Barthélémy, Thomas, l'Iscariote baissent la tête en se voyant découverts.
“Eh bien?” demande impérieusement Jésus.
“Maître, mes compagnons veulent que je te dise une chose.”
“Dis-la, donc.”
“Aujourd'hui, pendant que tu étais chez ce malade et que nous allions à travers le pays comme tu l'avais dit, nous avons vu un homme qui n'est pas ton disciple, et que nous n'avons même jamais remarqué parmi ceux qui écoutent tes enseignements, qui chassait des démons en ton Nom dans un groupe de pèlerins qui allaient à Jérusalem. Et il réussissait, il a guéri quelqu'un qui avait un tremblement lui interdisant tout travail, et il a rendu la parole à une fillette qui avait été assaillie dans le bois par un démon qui avait pris la forme d'un chien et qui lui avait lié la langue. Lui disait: "Va-t-en, démon maudit, au nom du Seigneur Jésus, le Christ, Roi de la souche de David, Roi d'Israël. Lui est Sauveur et Vainqueur. Fuis devant son Nom!" et le démon s'enfuyait réellement. Nous nous sommes fâchés et lui l'avons interdit. Il nous a dit: "Qu'est-ce que je fais de mal? J'honore le Christ en débarrassant son chemin des démons qui ne sont pas dignes de le voir". Nous lui avons répondu: "Tu n'es pas exorciste en Israël, et tu n'es pas disciple du Christ. Il ne t'est pas permis de le faire". Il a dit: "Il est toujours permis de faire le bien" et il s'est révolté contre notre injonction en disant: "Et je continuerai à faire ce que je fais". Voilà, ils voulaient que je te dise cela, surtout maintenant que tu as dit qu'au Ciel il y aura tous ceux qui ont combattu Satan.”
“C'est bien. Cet homme sera de ceux-ci. Il l'est. Il avait raison et vous, vous aviez tort. Infinis sont les chemins du Seigneur, et il n'est pas dit que seuls ceux qui prennent le chemin direct arriveront au Ciel. En tout lieu et en tout temps, et de mille manières, il y aura des créatures qui viendront à Moi, et peut-être même par une route qui au début était mauvaise. Mais Dieu verra la droiture de leur intention et les amènera au bon chemin. De même il y en aura qui, par l'ivresse de la triple concupiscence, sortiront de la bonne route et prendront une route qui les éloigne ou même qui les déroute complètement. Vous ne devez donc jamais juger vos semblables. Dieu seul voit. Faites en sorte, vous, de ne pas sortir de la bonne voie, où la volonté de Dieu, plutôt que la vôtre, vous a mis. Et quand vous voyez quelqu'un qui croit en mon Nom et opère par lui, ne l'appelez pas étranger, ennemi, sacrilège. C'est bien un de mes sujets, ami et fidèle, puisqu'il croit en mon Nom spontanément et mieux que plusieurs d'entre vous, pour cela mon Nom sur ses lèvres opère des prodiges semblables aux vôtres et peut-être davantage. Dieu l'aime parce qu'il m'aime et il finira de l'amener au Ciel. Personne, s'il fait des prodiges en mon Nom, ne peut être pour Moi un ennemi et dire du mal de Moi. Mais, par son activité, il apporte au Christ honneur et témoignage de foi. En vérité je vous dis que croire en mon Nom suffit déjà pour sauver sa propre âme. Car mon Nom est Salut. Aussi je vous dis: si vous le rencontrez encore, ne lui faites pas de défense, mais au contraire appelez-le "frère" parce qu'il l'est réellement, même s'il est en dehors de l'enceinte de mon Bercail. Qui n'est pas contre Moi est avec Moi. Celui qui n'est pas contre vous est pour vous.”
“Nous avons péché, Seigneur?” demande Jean contrit.
“Non. Vous avez agi par ignorance mais sans malice. Il n'y a donc pas de faute. Pourtant, à l'avenir, ce serait une faute parce que maintenant vous savez. Et maintenant allons dans nos maisons. La paix soit avec vous.” 
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

Dimanche 20 septembre 2015, Dix-septième Dimanche après la Pentecôte

Évangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,34-46.
En ce temps-là, des Pharisiens vinrent à Jésus.
Et l'un d'eux, docteur de la loi, lui demanda pour l'embarrasser :
" Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? "
Il lui dit : " Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
C'est là le plus grand et le premier commandement.
Un second lui est égal : Tu aimeras ton proche comme toi-même.
En ces deux commandements tient toute la Loi, et les Prophètes."
Les Pharisiens étant rassemblés, Jésus leur fit cette question :
" Que pensez-vous du Christ ? De qui est-il fils ? " Ils lui disent : " De David. —
Comment donc, leur dit-il, David inspiré par l'Esprit l'appelle-t-il Seigneur, quand il dit :
Le Seigneur a dit à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que j'aie mis tes ennemis sous tes pieds ?
Si donc David l'appelle Seigneur, comment est-il son fils ? "
Et nul ne pouvait lui répondre mot, et, depuis ce jour, personne n'osa plus l'interroger. 
Extrait de la Traduction de l'évangile selon le missel catholique Romain Tridentin.
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta : Tome 9, Ch 15, p 97 - CD 9, piste 36 -
Jésus entre au Temple encore plus bondé que les jours précédents. Il est tout en blanc aujourd'hui, dans son vêtement de lin. C'est une journée étouffante. Il va adorer dans l'Atrium des Israélites, suivi d'un cortège de gens, alors que d'autres ont déjà pris les meilleures places sous les portiques, et la plupart sont des gentils, qui ne pouvant aller au-delà de la première cour, au-delà du Portique des Païens, ont profité du fait que les hébreux ont suivi le Christ pour prendre des places de faveur.Mais un groupe bien nombreux de pharisiens les dérange. Ils ont toujours leurs façons arrogantes et se fraient un chemin, de force, pour s'approcher de Jésus penché sur un malade. Ils attendent qu'il l'ait guéri, puis ils envoient près de Lui un scribe pour l'interroger.Vraiment il y avait entre eux une brève discussion parce que Joël, dit Alamot, voulait aller interroger le Maître. Mais un pharisien s'y oppose, et d'autres le soutiennent en disant: “Non. Il est connu que tu es du parti du Rabbi, bien que tu agisses secrètement. Laisse aller Urie…” “Urie, non” dit un autre jeune scribe que je ne connais pas du tout. “Urie a trop d'âpreté quand il parle. Il exciterait la foule. J'y vais, moi.”Et sans écouter davantage les protestations des autres, il va près du Maître juste au moment où Jésus congédie le malade en lui disant: “Aie foi. Tu es guéri. La fièvre et la souffrance ne reviendront jamais plus.”“Maître, quel est le plus grand des commandements de la loi?”Jésus, qui l'avait derrière Lui, se retourne et le regarde. Un doux sourire lumineux éclaire son visage et puis il lève la tête, car il a la tête penchée à cause du scribe qui est de petite taille et qui de plus reste penché pour Lui rendre honneur. Jésus tourne son regard sur la foule, il fixe le groupe des pharisiens et docteurs et il aperçoit le visage pâle de Joël à demi-caché derrière un pharisien gros et richement vêtu. Son sourire s'accentue. C'est comme une lumière qui va caresser le scribe honnête. Puis il rabaisse la tête pour regarder son interlocuteur et lui répond: “Le premier de tous les commandements est: "Écoute, ô Israël: le Seigneur notre Dieu est l'unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de toutes tes forces". C'est le premier et suprême commandement. Le second ensuite est semblable à celui-ci: "Tu aimeras ton prochain comme toi-même". Il n'y a pas de commandements plus grands que ceux-ci. Ils renferment toute la Loi et les prophètes.”“Maître, tu as répondu avec sagesse et avec vérité. Il en est ainsi. Dieu est unique et il n'y en a pas d'autre en dehors de Lui. L'aimer de tout son propre cœur, de toute sa propre intelligence, de toute son âme et de toutes ses forces, et aimer le prochain comme soi-même a beaucoup plus de valeur que tous les holocaustes et tous les sacrifices. J'en suis tout à fait persuadé quand je médite les paroles de David: "A Toi ne plaisent pas les holocaustes; le sacrifice à Dieu, c'est l'esprit contrit".”“Tu n'es pas loin du Royaume de Dieu car tu as compris quel est l'holocauste qui est agréable à Dieu.”“Mais quel est l'holocauste le plus parfait?” demande vite et à voix basse le scribe, comme s'il disait un secret.Jésus rayonne d'amour en laissant tomber cette perle dans le cœur de celui qui s'ouvre à sa doctrine, à la doctrine du Royaume de Dieu, et il lui dit, en se penchant sur lui: “L'holocauste parfait c'est d'aimer comme nous-mêmes ceux qui nous persécutent et ne pas avoir de rancœur. Celui qui fait cela, possédera la paix. Il est dit: les doux posséderont la Terre et ils jouiront de l'abondance de la paix. En vérité je te dis que celui qui sait aimer ses ennemis atteint la perfection et possède Dieu.”Le scribe le salue respectueusement et s'en retourne vers son groupe qui lui reproche à voix basse d'avoir loué le Maître, et ils lui disent avec colère: “Que Lui as-tu demandé secrètement? Es-tu aussi par hasard séduit par Lui?” “J'ai entendu l'Esprit de Dieu parler sur ses lèvres.” “Tu es un sot. Crois-tu peut-être qu'il est le Christ?” “Je le crois.” “En vérité, d'ici peu nous verrons vides les écoles de nos scribes et eux s'en aller errants derrière cet homme. Mais d'où vois-tu en Lui le Christ?” “D'où, je ne sais pas. Je sais que je sens que c'est Lui.” “Fou!” Ils lui tournent le dos, fâchés. Jésus a observé le dialogue et quand les pharisiens passent devant Lui en groupe serré pour s'en aller fâchés, il les appelle pour leur dire: “Écoutez-moi. Je veux vous demander quelque chose. D'après vous, que vous semble-t-il du Christ? De qui est-il le fils?” “Ce sera le fils de David” répondent-ils, en marquant le “sera”, car ils veulent Lui faire comprendre que Lui pour eux n'est pas le Christ.“ Et comment donc David, inspiré par Dieu, l'appelle-t-il: Seigneur, en disant: "Le Seigneur a dit à mon Seigneur: 'Assieds-toi à ma droite jusqu'à ce que j'ai fait de tes ennemis l'escabeau de tes pieds' "? Si donc David appelle le Christ: Seigneur, comment le Christ peut-il être son fils?” Ne sachant que répondre ils s'éloignent en remâchant leur poison. Jésus se déplace du lieu où il était, tout envahi par le soleil, pour aller plus loin où se trouvent les bouches du Trésor, près de la salle du Gazophilacium. Ce côté, encore à l'ombre, est occupé par des rabbis qui pérorent avec de grands gestes adressés à leurs auditeurs hébreux dont le nombre augmente de plus en plus comme, à mesure que les heures passent, ne cesse d'augmenter l'affluence des gens vers le Temple. Les rabbis s'efforcent de démolir par leurs discours les enseignements que le Christ a donnés les jours précédents ou le matin même. Et toujours plus ils élèvent la voix, plus ils voient augmenter la foule des fidèles. En effet le lieu, bien que très vaste, fourmille de gens qui vont et viennent en tous sens…
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/

Dimanche 13 septembre 2015, Seizième Dimanche apres la Pentecôte

Évangile de Jésus-Christ selon saint Luc 14,1-11.
En ce temps-là, Jésus étant entré, un jour de sabbat, dans la maison d'un des principaux Pharisiens, pour y prendre son repas, ceux-ci l'observaient.
Et voici qu'un homme hydropique se trouvait devant lui.
Et Jésus, prenant la parole, dit aux docteurs de la Loi et aux Pharisiens : " Est-il permis de guérir le jour du sabbat, ou non ? "
Mais ils gardaient le silence. L'ayant pris, il le guérit et le congédia.
Puis, il leur dit : " Qui d'entre vous, si son fils ou son bœuf tombe dans un puits, ne l'en retire pas aussitôt, un jour du sabbat ?"
Et à cela ils ne purent répliquer.
Et il dit une parabole aux invités, ayant remarqué comment ils choisissaient les premières places. Il leur dit :
" Quand tu seras invité par quelqu'un à un repas de noces, ne te mets pas à la première place : un homme plus considérable que toi pourrait avoir été invité par lui,
et celui qui vous aurait invités l'un et l'autre viendrait te dire : " Cède-lui la place, " et alors tu n'aurais, avec confusion, qu'à occuper la dernière place.
Mais, quand tu es invité, va te mettre à la dernière place ; de cette façon, quand viendra celui qui t'a invité, il te dira : " Mon ami, avance plus haut. " Alors ce sera pour toi un honneur devant tous les convives.
Car quiconque s'élève sera abaissé, et quiconque s'abaisse sera élevé. "
Extrait de la Traduction de l'évangile selon le missel catholique Romain Tridentin.
Correspondance dans "l’Évangile tel qu'il m'a été révélé" de Maria Valtorta : Tome 5, Ch 23, p 159 - CD 5, piste 58 -
Je vois Jésus qui marche rapidement sur une grand-route que le vent froid d'un matin d'hiver balaie et durcit. Les champs, des deux côtés de la route, présentent à peine un timide duvet de moissons qui viennent de percer, un voile fin de verdure qui annonce la promesse du futur pain, mais une promesse vraiment à peine perceptible. Il y a encore, à l'ombre, des sillons dépourvus de cette verdure naissante et bénie, et seuls les sillons qui se trouvent dans les endroits plus ensoleillés ont cette verdure si légère et pourtant déjà joyeuse puisqu'elle parle du printemps qui arrive. Les arbres à fruits sont encore dépouillés sans un bourgeon qui se gonfle sur leurs branches obscures. Seuls les oliviers ont leur couleur éternelle gris-vert, aussi triste sous le soleil d'août que dans la faible clarté de cette matinée d'hiver. Et avec eux montrent leur couleur verte, un vert pâteux de céramiques à peine teintées, les feuilles grasses des cactées. Jésus chemine, comme souvent, à deux ou trois pas en avant de ses disciples. Ils sont tous bien enveloppés dans leurs manteaux de laine. A un certain moment, Jésus s'arrête et se retourne pour interpeller ses disciples: “Connaissez-vous le chemin?” “C'est le chemin, mais ensuite où se trouve la maison, nous ne le savons pas, car elle est à l'intérieur des terres… Peut-être là où se trouve ce bosquet d'oliviers…” “Non. Elle doit être là-bas au fond, au contraire, où se trouvent ces gros arbres dépouillés…” “Il devrait y avoir une route pour les chars…” En somme, ils ne savent rien de précis. On ne voit personne sur la route ou dans les champs. Ils avancent au hasard, en cherchant leur route. Ils trouvent une petite maisonnette de pauvres avec deux ou trois petits champs autour. Une fillette est en train de tirer de l'eau à un puits. “Paix à toi, fillette” dit Jésus en s'arrêtant à la limite de la haie qui a un passage pour la circulation. “Paix à toi. Que veux-tu?” “Un renseignement. Où se trouve la maison d'Ismaël le pharisien?” “Tu es égaré, Seigneur. Il te faut revenir au carrefour et prendre celle qui va vers le couchant du soleil. Mais il faut marcher beaucoup, beaucoup, car tu dois retourner là, au carrefour, et puis marcher, marcher. As-tu mangé? Il fait froid, et avec l'estomac vide, on le sent davantage. Entre, si tu veux. Nous sommes pauvres. Mais Toi aussi tu n'es pas riche. Tu peux t'en arranger. Viens.” Et d'une voix perçante, elle appelle: “Maman!” S'amène sur le seuil une femme d'environ trente-cinq, quarante ans. Son visage est honnête mais un peu triste. Dans ses bras elle a un enfant d'environ trois ans, à peine vêtu. “Entre. Le feu est allumé. Je te donnerai du lait et du pain.” “Je ne suis pas seul, j'ai ces amis.” “Qu'ils entrent tous et la bénédiction de Dieu avec les pèlerins que je loge.” Ils entrent dans une cuisine basse et sombre qu'égaie un feu pétillant. Ils s'assoient çà et là sur des coffres bruts. “Maintenant, je vais préparer… C'est le matin… Je n'ai encore rien mis en ordre… Excusez-moi.” “Tu es seule?” C'est Jésus qui parle. “J'ai un mari et des enfants. Sept. Les deux plus grands sont encore au marché de Naïm. Ils doivent y aller parce que mon mari est malade. Une grande douleur!… Les fillettes m'aident. Celui-ci est le plus petit, mais j'en ai encore un autre à peine plus grand.” Le petit, maintenant vêtu de sa tunique, accourt pieds nus vers Jésus et le regarde avec curiosité. Jésus lui sourit. L'amitié se fait. “Qui es-tu?” demande l'enfant avec confiance. “Je suis Jésus.” La femme se retourne pour le regarder attentivement. Elle est restée avec un pain dans les mains, entre le foyer et la table. Elle ouvre la bouche pour parler, mais ensuite elle se tait. L'enfant continue: “Où vas-tu?” “Sur les chemins du monde.” “Pour quoi faire?” “Pour bénir les enfants qui sont bons et leurs maisons où l'on est fidèle à la Loi.” La femme se retourne pour faire un geste, puis elle fait un signe à Judas Iscariote qui est le plus près d'elle. Lui se penche vers la femme qui demande: “Qui est ton ami?” Et Judas, hautain, (il semble que le Messie soit tel grâce à son mérite et à sa bonté): “C'est le Rabbi de Galilée: Jésus de Nazareth. Tu ne le sais pas, femme?” “La Galilée n'est pas à notre portée et moi, j'ai tant de douleurs!… Mais… pourrais-je le Lui dire?” “Tu le peux” dit avec hauteur Judas. Mais il semble un gros bonnet qui accorde une audience… Jésus continue de parler avec l'enfant qui Lui demande s'il a Lui aussi des enfants. Pendant que la fillette déjà vue et une autre un peu plus grande apportent le lait et la vaisselle, la femme va près de Jésus. Elle reste un peu hésitante, puis elle pousse un cri étouffé: “Jésus, aie pitié de mon mari!” Jésus se lève. Il la domine de sa grande taille, mais il la regarde avec tant de bonté qu'elle s'enhardit. “Que veux-tu que je fasse?” “Il est très malade, Gonflé comme une outre, il ne peut se baisser pour travailler. Il ne trouve pas de repos, car il étouffe et s'agite… Et nous avons des enfants encore petits…” “Tu veux que je le guérisse? Mais pourquoi le veux-tu de Moi?” “Parce que c'est Toi. Je ne te connaissais pas, mais j'ai entendu parler de Toi. Le sort t'a conduit chez moi après que par trois fois je t'ai cherché à Naïm et à Cana. Deux fois il y avait aussi mon mari. Il te cherchait, malgré la souffrance qu'il éprouvait à aller en char… Maintenant aussi il est parti avec son frère… On nous avait rapporté que le Rabbi, ayant quitté Tibériade, allait à Césarée de Philippe. Il y est allé pour t'attendre…” “Je ne suis pas allé à Césarée. Je vais chez le pharisien Ismaël, et puis j'irai vers le Jourdain…” “Toi, qui es bon, chez Ismaël?” “Oui. Pourquoi?” “Parce que… parce que… Seigneur, je sais que tu dis de ne pas juger, de pardonner et de s'aimer. Je ne t'ai jamais vu, mais j'ai cherché à savoir de Toi, le plus que je pouvais, et j'ai prié l'Éternel de pouvoir t'entendre au moins une fois. Je ne veux pas faire une chose qui te déplaise… Mais comment on peut ne pas juger Ismaël et l'aimer? Moi, je n'ai rien de commun avec lui et je n'ai donc rien à lui pardonner. Les insolences, qu'il nous jette à la figure quand il rencontre notre pauvreté sur son chemin, nous les secouons avec la même patience que nous secouons la boue ou la poussière qu'il projette sur nous en passant rapidement avec son bige. Mais l'aimer et ne pas le juger, c'est trop difficile… Il est tellement méchant!” “Il est tellement méchant? Avec qui?” “Avec tout le monde. Il opprime ses serviteurs, il prête avec usure, et il a des exigences cruelles. Il n'aime que lui-même. Il est le plus cruel de la région. Il ne mérite rien, Seigneur.” “Je le sais. Tu dis vrai.” “Et tu vas chez lui?” “Il m'a invité.” “Méfie-toi, Seigneur. Il ne l'aura pas fait par amour. Il ne peut t'aimer. Et Toi… tu ne peux l'aimer.” “Moi, j'aime même les pécheurs, femme. Je suis venu pour sauver celui qui est perdu…” “Mais lui, tu ne le sauveras pas. Oh! pardon d'avoir jugé! Toi, tu sais… Tout est bien de ce que tu fais! Pardonne à ma sotte langue et ne me punis pas.” “Je ne te punis pas, mais ne le fais plus. Aime même les méchants, non pas pour leur méchanceté, mais parce que c'est par l'amour qu'on leur obtient la miséricorde qui les convertit. Tu es bonne et désireuse de l'être encore davantage. Tu aimes la Vérité, et la Vérité qui te parle te dit qu'Elle t'aime, car selon la Loi, tu as de la pitié pour l'hôte et le pèlerin et c'est ainsi que tu as élevé tes enfants. Dieu sera ta récompense. Je dois aller chez Ismaël qui m'a invité pour me présenter à ses nombreux amis qui veulent me connaître. Je ne puis attendre ton mari qui, sache-le, est sur le chemin du retour. Mais dis-lui de souffrir encore un peu et de venir tout de suite chez Ismaël. Viens toi aussi. Je le guérirai.” “Oh! Seigneur!…” la femme est à genoux aux pieds de Jésus et le regarde riant et pleurant. Puis elle dit: “Mais c'est le sabbat, aujourd'hui!…” “Je le sais. J'ai besoin que ce soit le sabbat pour dire quelque chose à ce propos à Ismaël. Tout ce que je fais, je le fais dans un but clair et exempt d'erreur. Sachez-le tous, même vous, mes amis qui avez peur et voudriez que je conforme ma conduite aux convenances humaines pour ne pas en subir de dommage. C'est l'amour qui vous guide, je le sais. Mais vous devez savoir aimer mieux celui que vous aimez, en ne faisant jamais passer l'intérêt divin après l'intérêt de celui que vous aimez. Femme, je pars et je t'attends. Qu'il y ait une paix perpétuelle dans cette maison où on aime Dieu et sa Loi, où on respecte le mariage et où on élève saintement les enfants, où on aime le prochain et où on cherche la Vérité. Adieu.” Jésus met la main sur la tête de la femme et des deux fillettes, puis il se penche pour embrasser les enfants plus petits, et il sort. Maintenant un faible soleil d'hiver tempère la fraîcheur de l'air. Un garçon d'environ quinze ans attend avec un char rustique en très mauvais état. “Je n'ai que cela, Seigneur. Mais tu auras plus vite fait et plus commodément.” “Non, femme. Garde frais le cheval pour venir chez Ismaël. Montre-moi seulement la route la plus courte.” Le garçon se met à côté de Lui et, à travers champs et prés, ils vont vers une ondulation de terrain au-delà de laquelle il y a une vaste cuvette de quelques hectares bien cultivée, au milieu de laquelle se trouve une belle maison, large et basse, entourée d'un jardin bien cultivé. “Voici la maison, Seigneur” dit le garçon. “Si tu n'as plus besoin de moi, je vais rentrer à la maison pour aider la mère.” “Va et sois toujours un bon fils. Dieu est avec toi.” Jésus entre dans la somptueuse maison de campagne d'Ismaël. Des serviteurs, en grand nombre, accourent à la rencontre de l'Hôte, certainement attendu. D'autres vont prévenir le maître qui sort à la rencontre de Jésus en Lui faisant de profondes inclinations. “Sois le bienvenu, Maître, dans ma maison!” “Paix à toi, Ismaël ben Fabi. Tu m'as désiré. Je viens. Pourquoi m'as-tu invité?” “Pour avoir l'honneur de t'avoir et te présenter à mes amis. Je veux qu'ils soient aussi les tiens, comme je veux que tu sois pour moi un ami.” “Je suis ami de tout le monde, Ismaël.” “Je le sais. Mais, tu sais! Il est bien d'avoir des amitiés en haut lieu. La mienne et celle de mes amis sont telles. Toi, pardonne-moi de te le dire, tu négliges trop ceux qui peuvent t'appuyer…” “Et tu es de ceux-ci? Pourquoi?” “Je suis de ceux-ci. Pourquoi? Parce que je t'admire et que je veux que tu sois pour moi un ami.” “Ami! Mais sais-tu, Ismaël, le sens que je donne à ce mot? Pour beaucoup un ami cela veut dire une connaissance, pour d'autres un complice, pour d'autres un serviteur. Pour Moi cela veut dire: fidèle à la Parole du Père. Qui n'est pas cela ne peut être un ami pour Moi, ni Moi pour lui.” “Mais c'est justement parce que je veux être fidèle que je veux ton amitié, Maître. Tu ne le crois pas? Regarde: voici Eléazar qui arrive. Demande-lui comme je t'ai défendu auprès des Anciens. Eléazar, je te salue. Viens, car le Rabbi veut te demander une chose.” Profondes salutations et réciproques coups d'œil investigateurs. “Toi, Eléazar, dis ce que j'ai dit du Maître la dernière fois que nous nous sommes réunis.” “Oh! un véritable éloge! Une défense passionnée! Il m'est alors venu l'envie de t'entendre, tant Ismaël parlait de Toi, Maître, comme du Prophète le plus grand venu au peuple d'Israël. Je me souviens qu'il disait que personne n'avait une parole plus profonde que la tienne, n'exerçait une fascination plus grande, et que si tu sauras mettre en œuvre l'épée, comme tu sais parler, il n'y aura pas de roi plus grand que Toi en Israël.” “Mon Royaume!… Il n'est pas humain, ce Royaume, Eléazar.” “Mais le Roi d'Israël?!” “Que s'ouvrent vos esprit pour comprendre les paroles secrètes. Il viendra le Royaume du Roi des rois. Mais non pas selon les estimations humaines. Non pas pour ce qui périt, mais pour ce qui est éternel. On y arrive non par un chemin fleuri et triomphal, ni sur un tapis empourpré du sang ennemi, mais par le rude chemin du sacrifice et par la douce échelle du pardon et de l'amour. Ce sont les victoires contre nous-mêmes qui nous donneront ce Royaume. Et que Dieu veuille que le plus grand nombre d'israélites puissent me comprendre. Mais il n'en sera pas ainsi. Vous pensez ce qui n'est pas. Dans ma main, il y aura un sceptre et c'est le peuple d'Israël qui l'y aura mis, Royal et Éternel. Aucun roi ne pourra l'enlever à ma Maison. Mais beaucoup en Israël ne pourront le voir sans frémir d'horreur, car il aura un nom qui sera atroce pour eux.” “Tu ne nous crois pas capables de te suivre?” “Si vous le vouliez, vous le pourriez. Mais vous ne le voulez pas. Pourquoi vous ne voulez pas? Vous êtes âgés désormais. L'âge devrait vous donner compréhension et justice. Justice aussi pour vous-mêmes. Les jeunes… pourront se tromper et puis se repentir. Mais vous! La mort est toujours proche pour les plus âgés. Eléazar, tu es moins enveloppé dans les théories que beaucoup de tes semblables. Ouvre ton cœur à la Lumière…” Ismaël revient avec cinq autres pharisiens pompeux. “Venez donc dans la maison” dit le maître. Et, quittant l'atrium garni de sièges et de tapis, ils entrent dans une pièce où on leur apporte des amphores et des bassines pour les ablutions. Puis ils passent dans la salle à manger très richement préparée. “Jésus à côté de moi, entre Eléazar et moi” commande le maître. Et Jésus, qui s'était tenu au fond de la salle près des disciples un peu intimidés et laissés de côté, doit s'asseoir à la place d'honneur. Le repas commence avec de nombreux plats de viandes et de poissons rôtis. Des vins et, me semble-t-il, des sirops, ou au moins des eaux miellées, passent et repassent. Tous essaient de faire parler Jésus. L'un d'eux, un vieillard tout tremblotant, demande d'une voix éraillée de vieillard décrépit: “Maître, est-ce vrai ce qu'on dit, que tu as l'intention de modifier la Loi?” “Je ne changerai pas un iota à la Loi. Au contraire, (et Jésus appuie sur les mots) je suis justement venu pour la rendre de nouveau intègre comme quand elle fut donnée à Moïse.” “Voudrais-tu dire qu'elle a été changée?” “Non, jamais. Uniquement qu'elle a subi le sort de toutes les choses élevées mises dans la main de l'homme.” “Que voudrais-tu dire? Précise.” “Je veux dire que l'homme, par suite de l'ancien orgueil ou pour l'ancien foyer de la triple luxure, a voulu en retoucher les paroles droites et en a fait quelque chose qui opprime les fidèles alors que, pour ceux qui les ont retouchées, ce n'est qu'un amas de phrases… qu'on laisse à l'usage des autres.” “Mais, Maître! Nos rabbins…” “C'est une accusation!” “Ne nous déçois pas dans notre désir de t'être utile!…” “Hé! Hé! Ils ont raison de t'appeler révolté!” “Silence! Jésus est mon hôte. Qu'il parle en toute liberté.” “Nos rabbins, pour commencer, se sont ingéniés et ont peiné dans l'intention sainte de rendre plus facile l'application de la Loi. Dieu Lui-même a commencé cet enseignement quand aux paroles des dix commandements Il a ajouté des explications plus détaillées. Cela pour que l'homme n'eût pas l'excuse de ne pas avoir su comprendre. Œuvre sainte donc celle des maîtres qui ont brisé en morceaux, pour les petits de Dieu, le pain donné par Dieu à l'esprit. Mais sainte quand elle poursuivait un but qui était droit. Il n'en fut pas toujours ainsi. Et maintenant moins que jamais. Mais pourquoi voulez-vous me le faire dire, vous qui vous offensez si je vous énumère les fautes des puissants?” “Des fautes! Des fautes! Nous n'avons que des fautes, nous?” “Je voudrais que vous n'ayez que des mérites!” “Mais nous ne les avons pas. Tu le penses et ton regard le dit. Jésus, ce n'est pas en critiquant que l'on acquiert l'amitié des puissants. Tu ne régneras pas. Tu n'en connais pas l'art.” “Je ne demande pas de régner suivant vos idées, et je ne mendie pas des amitiés. C'est l'amour que je veux, mais un amour honnête et saint. Un amour qui va de Moi à ceux que j'aime, et qui se manifeste en usant à l'égard des pauvres de ce dont je prêche l'usage: la miséricorde.” “Moi, depuis que je t'ai entendu, je ne prête plus à usure” dit l'un. “Et Dieu t'en récompensera.” “Le Seigneur m'est témoin que je n'ai plus frappé mes serviteurs qui auraient mérité le fouet, quand on m'a eu dit une de tes paraboles” dit un autre. “Et moi? C'est plus de dix boisseaux d'orge que j'ai laissés dans les champs pour les pauvres!” dit encore un autre. Les pharisiens se louent copieusement. Ismaël n'a pas parlé. Jésus l'interpelle: “Et toi, Ismaël?” “Oh! moi! J'ai toujours usé de miséricorde. Je n'ai qu'à continuer comme j'ai toujours fait.” “C'est bien pour toi! S'il en est ainsi réellement, tu es l'homme qui ne connaît pas les remords.” “Oh! certainement pas!” Jésus le transperce de son œil de saphir. Eléazar touche le bras de Jésus: “Maître, écoute-moi. J'ai un cas spécial à te soumettre. J'ai acquis récemment une propriété d'un malheureux qui s'est ruiné pour une femme. Il me l'a vendue, mais sans me dire qu'il y avait une vieille servante, sa nourrice, maintenant aveugle et presque idiote. Le vendeur n'en veut pas. Moi… je n'en voudrais pas. Mais, la jeter à la rue… Que ferais-tu, Maître?” “Toi, que ferais-tu si tu devais donner un conseil à un autre?” “Je dirais: "Garde-la. Tu ne te ruineras pas pour un pain".” “Et pourquoi parlerais-tu ainsi?” “Mais!… parce que je pense que c'est ainsi que j'agirais et je voudrais qu'on agisse ainsi à mon égard…” “Tu es très près de la Justice, Eléazar. Agis comme tu conseillerais de le faire et le Dieu de Jacob sera toujours avec toi.” “Merci, Maître.” Les autres bougonnent entre eux. “Qu'avez-vous à murmurer?” demande Jésus. “N'ai-je pas parlé juste? Et lui n'a-t-il pas parlé avec justice? Ismaël, défends tes hôtes, toi qui as toujours agi avec miséricorde.” “Maître, tu parles bien, mais… si on agissait toujours ainsi!… On serait victime des autres.” “Et il vaut mieux, selon toi, que ce soient les autres qui soient nos victimes, n'est-ce pas?” “Je ne dis pas cela. Mais il y a des cas…” “La Loi dit d'avoir miséricorde…” “Oui, pour le frère pauvre, pour l'étranger, le pèlerin, la veuve et l'orphelin. Mais cette vieille, qui est tombée dans les bras d'Eléazar, n'est pas sa sœur, ni pèlerine, ni étrangère, ni orpheline ou veuve. Rien pour lui. Ni plus ni moins qu'un vieux tableau, oublié par le vrai maître dans la propriété vendue. Eléazar pourrait donc la chasser sans scrupules d'aucune sorte. Enfin la responsabilité de la mort de la vieille ne lui reviendrait pas, mais reviendrait à son vrai maître…” “… qui ne peut plus la garder puisqu'il est pauvre lui aussi, et par conséquent lui aussi est exempt d'obligations. De sorte que si la petite vieille meurt de faim, c'est elle qui est coupable, n'est-ce pas?” “C'est cela, Maître. C'est le sort de ceux… qui ne servent plus. Les malades, les vieux, les incapables, sont condamnés à la misère, à la mendicité. Et la mort est ce qu'il y a de meilleur pour eux… C'est ainsi depuis que le monde est monde et il en sera toujours ainsi…” “Jésus, aie pitié de moi!” Un cri de détresse entre par les fenêtres fermées, car la salle est fermée et avec les lampes allumées, peut-être à cause du froid. “Qui m'appelle?” “Quelque importun. Je le ferai chasser. Ou quelque mendiant. Je lui ferai donner un pain.” “Jésus, je suis malade. Sauve-moi!” “Je l'ai dit: un importun. Je punirai les serviteurs pour l'avoir fait passer.” Et Ismaël se lève. Mais Jésus, plus jeune d'au moins vingt ans et qui le dépasse du cou et de la tête, le fait se rasseoir en lui mettant la main sur l'épaule et en commandant: “Reste, Ismaël. Je veux voir celui qui me cherche. Faites-le entrer.” Il entre un homme aux cheveux encore noirs. Il peut avoir environ quarante ans. Mais il est enflé comme un tonneau et jaune comme un citron, avec les lèvres violettes entrouvertes et la bouche haletante. Il est accompagné par la femme de la première partie de la vision. L'homme avance avec peine à cause de la maladie et de la crainte. Il voit qu'on le regarde d'un si mauvais œil! Mais Jésus a quitté sa place et il est allé vers le malheureux en le prenant par la main et en l'amenant au milieu de la salle dans l'espace vide entre les tables disposées en fer à cheval. Exactement sous le lampadaire. “Que veux-tu de Moi?” “Maître… je t'ai tant cherché… depuis si longtemps… Je ne veux rien que la santé… pour mes enfants et ma femme… Toi, tu peux tout… Vois à quoi je suis réduit…” “Et tu crois que je puis te guérir?” “Si je le crois!… Tout pas m'est douloureux… toute secousse pénible… mais pourtant j'ai fait des milles pour te chercher… et puis avec le char je t'ai suivi aussi… mais je ne te rattrapais jamais… Si je le crois!… Je suis étonné de n'être pas encore guéri, depuis que ma main est dans la tienne, car tout en Toi est saint, ô Saint de Dieu.” Le pauvre souffle comme un phoque par l'effort qu'il fait pour tant parler. La femme regarde son mari et Jésus, et elle pleure. Jésus les regarde et il sourit. Puis il se tourne et il demande: “Toi, vieux scribe, (il parle au vieux à la voix chevrotante qui a parlé le premier) réponds-moi: est-il permis de guérir pendant le sabbat?” “Pendant le sabbat il n'est permis de faire aucun travail.” “Même pas de sauver quelqu'un du désespoir? Ce n'est pas un travail manuel.” “Le sabbat est consacré au Seigneur.” “Quelle œuvre plus digne d'un jour sacré que de faire qu'un fils de Dieu dise à son Père: "Je t'aime et te loue parce que Tu m'as guéri"?!” “Il doit le faire, même s'il est malheureux.” “Chanania, sais-tu qu'en ce moment ton bois le plus beau est en train de brûler, et que toute la pente de l'Hermon rougit de l'éclat des flammes?” Le vieil homme bondit comme si un aspic l'avait mordu: “Maître, tu dis la vérité ou bien est-ce une plaisanterie?” “Je dis la vérité. Je vois et je sais.” “Oh! malheureux que je suis! Mon bois le plus beau! Des milliers de sicles en cendre! Malédiction! Maudits soient les chiens qui m'y ont mis le feu! Que leurs viscères brûlent comme mon bois!” Le petit vieux est désespéré. “Ce n'est qu'un bois, Chanania, et tu te plains! Pourquoi ne donnes-tu pas louange au Seigneur, dans ce malheur? Lui ne perd pas du bois qui renaît, mais la vie et le pain de ses enfants, et il devrait donner la louange que toi tu ne donnes pas? Donc scribe, il ne m'est pas permis de le guérir le jour du sabbat?” “Maudit sois-tu, lui et le sabbat! J'ai bien autre chose à penser, moi…” et, bousculant Jésus qui lui avait mis une main sur le bras, il sort furieux et on l'entend brailler de sa voix chevrotante pour avoir son char. “Et maintenant?” demande Jésus en tournant son regard vers les autres. “Et maintenant vous, dites-moi: est-ce permis ou non?” Personne ne répond. Eléazar baisse la tête après avoir entrouvert les lèvres, que pourtant il referme, saisi par le froid qui a envahi la salle. “Eh bien, Moi, je vais parler” dit Jésus. Et son aspect est imposant et sa voix est un tonnerre comme toujours quand il va opérer un miracle. “Je vais parler. Je parle. Je dis: homme, qu'il te soit fait selon ce que tu crois. Tu es guéri. Loue l'Éternel. Va en paix.” L'homme reste interdit. Peut-être pensait-il redevenir d'un coup agile comme autrefois. Et il lui semble qu'il n'est pas guéri. Mais qui sait ce qu'il ressent… Il pousse un cri de joie, se jette aux pieds de Jésus et les baise. “Va, va! Sois toujours bon. Adieu!” L'homme sort suivi de la femme qui, jusqu'au dernier moment, se retourne pour saluer Jésus. “Pourtant, Maître… Dans ma maison… Le jour du sabbat…” “Tu n'approuves pas! Je le sais. Et c'est pour cela que je suis venu. Ami, toi? Non. Mon ennemi. Tu n'es pas sincère avec Moi, ni avec Dieu.” “Tu m'offenses, maintenant?” “Non, je dis la vérité. Tu as dit qu'Eléazar n'est pas tenu de secourir cette petite vieille parce qu'elle n'appartient pas à sa propriété. Mais toi, tu avais deux orphelins dans ta propriété. C'étaient les enfants de deux serviteurs fidèles qui sont morts au travail, l'un avec la faux en main, l'autre tuée par une fatigue excessive. Pour que tu la gardes, elle avait dû ajouter à son service celui de son mari. Tu disais: "J'ai fait un contrat pour deux travailleurs et, pour te garder, j'exige ton travail et celui du mort". Et elle te l'a donné, et elle est morte avec l'enfant qu'elle portait, car cette femme était mère, et elle n'a pas eue la pitié que l'on a pour une bête qui engendre. Où sont maintenant ces deux petits?” “Je ne sais pas… Ils sont disparus, un jour.” “Ne mens pas maintenant. Il suffit d'avoir été cruel. Il ne faut pas ajouter le mensonge pour rendre tes sabbats odieux à Dieu, même s'ils sont exempts d'œuvres serviles. Où sont ces petits?” “Je ne sais pas. Je ne sais plus, crois-le.” “Moi, je le sais. Je les ai trouvés un soir de novembre, froid, pluvieux, sombre. Je les ai trouvés affamés et tremblants, près d'une maison, comme deux petits chiens à la recherche d'une bouchée de pain… Maudits et chassés par un homme qui avait des entrailles de chien, un homme pire qu'un chien, car un chien aurait eu pitié de ces deux orphelins. Et toi et cet homme, vous n'avez pas eu pitié. Leurs parents ne te servaient plus, n'est-ce pas? Ils étaient morts. Les morts ne peuvent que pleurer dans leurs tombeaux, en entendant les sanglots de leurs enfants malheureux dont les autres ne s'occupent pas. Cependant les morts portent à Dieu, par leur esprit, leurs pleurs et ceux de leurs enfants orphelins, et ils disent: "Seigneur, exerce-Toi nos vengeances, puisque le monde opprime quand il ne peut plus exploiter". Les deux petits n'étaient pas encore en âge de te servir, n'est-ce pas? Oui et non, car la petite pouvait servir pour glaner… Et tu les as chassés, en leur refusant même le peu de bien qui appartenait au père et à la mère. Ils pouvaient mourir de faim et de froid comme deux chiens sur un chemin. Ils pouvaient vivre en devenant l'un voleur l'autre une prostituée, car la faim porte au péché. Mais que t'importait? Il y a un moment, tu as cité la Loi à l'appui de tes théories. Et la Loi ne dit-elle pas alors: "Ne faites pas de tort à la veuve et à l'orphelin. Si vous leur faites du tort, leurs voix s'élèveront vers Moi, J'entendrai leurs cris et ma fureur s'enflammera et je vous exterminerai par l'épée, et vos femmes resteront veuves et vos enfants orphelins"? N'est-ce pas ce que dit la Loi? Et alors, pourquoi ne l'observes-tu pas? Tu m'as défendu auprès des autres? Et alors pourquoi ne prends-tu pas, en toi-même, la défense de ma Doctrine? Tu veux être pour Moi un ami? Et alors pourquoi fais-tu le contraire de ce que je dis? L'un de vous est en train de courir à perdre haleine, s'arrachant les cheveux à cause de la ruine de son bois. Et il ne se les arrache pas pour les ruines de son cœur! Et toi, qu'attends-tu pour le faire? Pourquoi voulez-vous vous croire parfaits, vous auxquels le sort a donné une haute situation? Et si vous l'êtes en quelque chose, pourquoi ne cherchez-vous pas à l'être en tout? Pourquoi me haïssez-vous parce que je découvre vos plaies? Je suis le Médecin de votre esprit. Est-ce qu'un médecin peut guérir sans découvrir et nettoyer les plaies? Mais ne savez-vous pas qu'un grand nombre, et cette femme qui est sortie est une de ceux-là, méritent la première place au banquet de Dieu en dépit de leur apparence mesquine! Ce n'est pas l'extérieur, c'est le cœur et l'esprit qui ont de la valeur. Dieu vous voit, du haut de son trône, et Il vous juge. Combien Il en voit qui valent mieux que vous! Par conséquent, écoutez. Prenez toujours comme règle de conduite cela: quand on vous invite à un banquet de noces, choisissez toujours la dernière place. Double honneur vous en reviendra quand le maître vous dira: "Ami, avance". Honneur de mérite et honneur d'humilité. Alors que… O triste moment pour un orgueilleux d'avoir la honte de s'entendre dire: "Va là-bas, au fond, car il y a quelqu'un qui est plus que toi". Et faites la même chose dans le banquet secret de votre esprit pour les noces avec Dieu. Qui s'humilie sera exalté, et qui s'exalte sera humilié. Ismaël, ne me hais pas parce que Moi je te soigne. Moi, je ne te hais pas. Je suis venu pour te guérir. Tu es plus malade que cet homme. Tu m'as invité pour te donner du lustre à toi-même et satisfaire tes amis. Souvent tu invites, mais par orgueil et pour ton plaisir. Ne le fais pas. N'invite pas les riches, les parents, les amis. Mais ouvre ta maison, ouvre ton cœur aux pauvres, aux mendiants, aux estropiés, aux boiteux, aux orphelins et aux veuves. Ils ne te donneront en échange que des bénédictions. Mais Dieu les changera pour toi en grâces. Et à la fin… oh! à la fin, quel sort bienheureux pour tous les miséricordieux qui seront récompensés par Dieu à la résurrection des morts! Malheur à ceux qui caressent seulement une espérance de profit et puis ferment leur cœur au frère qui ne peut plus servir. Malheur à eux! Je ferai les vengeances de ceux qui ont été abandonnés.” “Maître… je… je veux te satisfaire. Je prendrai encore ces enfants.” “Non.” “Pourquoi?” “Ismaël?!…” Ismaël baisse la tête. Il veut faire l'humble. Mais c'est une vipère à laquelle on a pressé le venin et elle ne mord plus parce qu'elle sait qu'elle n'en a plus, mais pourtant elle attend le moment de mordre… Eléazar essaie de ramener la paix en disant: “Bienheureux ceux qui prennent part au banquet de Dieu dans leur esprit et dans le Royaume éternel. Mais crois-le, Maître, c'est la vie qui nous apporte des obstacles. Les charges… les occupations…” Jésus dit la parabole du banquet (Mt 22,2-10; Lc 14,16-24) et pour finir: “Les charges… les occupations, as-tu dit. C'est vrai. C'est pour cela que je t'ai dit, au commencement de ce banquet, que mon Royaume se conquiert par des victoires sur soi-même et non par des victoires sur des champs de bataille. La place au grand Banquet est pour ces humbles de cœur qui savent être grands par leur fidèle amour qui ne mesure pas le sacrifice et qui surmonte tout pour venir à Moi. Même une heure suffit pour changer un cœur. Pourvu que ce cœur le veuille. Et il suffit d'une parole. Je vous en ai tant dit. Et je regarde… Dans un cœur va naître une plante sainte. Dans les autres, des ronces pour Moi et, dans ces ronces, des aspics et des scorpions. Peu importe. Je vais droit mon chemin. Qui m'aime me suive. Je vais en appelant à ma suite. Que ceux qui ont le cœur droit viennent à Moi. Je vais en instruisant. Que ceux qui cherchent la justice s'approchent de la Fontaine. Pour les autres… pour les autres c'est le Père Saint qui les jugera. Ismaël, je te salue. Ne me hais pas. Réfléchis. Et rends-toi compte que j'ai été sévère par amour, non par haine. Paix à cette maison et à ceux qui l'habitent, paix à tous si vous la méritez.”
Extrait de la Traduction de “L’évangile tel qu’il m’a été révélé” de Maria Valtorta ©Centro Editoriale Valtortiano, Italie http://www.mariavaltorta.com/